Donald Trump apprend le métier de président mais ce qu’il est avant tout, c’est un patron, très au courant de ce que les patrons espèrent.

Donald Trump lors de son premier discours devant le Congrès. Derrière lui son vice-président Mike Pence et le Président de la Chambre Pau Ryan
Donald Trump lors de son premier discours devant le Congrès. Derrière lui son vice-président Mike Pence et le Président de la Chambre Pau Ryan © Reuters / Jim Lo Scalzo

Ce n’était plus le même. Cravate rayée et non plus rouge, cravate classique et non plus en étendard levé sur le champ de bataille, Donald Trump s’est adressé hier au Congrès en père de la nation, appelant à l’unité de tous, au-delà des partis, assurant que « tout problème pouvait être résolu » et célébrant la « nouvelle fierté nationale » d’une Amérique « forte, fière et libre ».

Changement de ton

Dans ce premier discours devant les deux chambres, on chercherait en vain les attaques personnelles et autres vulgarités dont ce président est ou, peut-être, était coutumier. Rien contre la presse, rien contre personne, juste une allusion au « marigot » de Washington mais cela, c’est un exercice obligé de la politique américaine, et le meilleur signe de ce changement de ton est le début de cette allocution.

Se battre pour les droits civiques des Noirs américains

Donald Trump a consacré ses premiers mots au long chemin de la bataille pour les droits civiques des Noirs américains et au « travail qui reste à faire ». On aurait dit un président démocrate. C’était en tout cas un homme qui voulait faire oublier que l’extrême droite américaine, les suprématistes blancs et les antisémites proclamés s’étaient tant réjouit de son élection que le nombre d’actes racistes et antisémites a considérablement augmenté depuis novembre. Donald Trump s’en est ému devant les représentants et les sénateurs. C’est tant mieux mais pour le reste…

L'Amérique ne se dirige pas comme une entreprise

C’était un discours relativement court dans lequel il n’a rien dit de nouveau, rien annoncé de neuf.

Il ne s’est pas dédit non plus puisqu’il a repris hier tous les thèmes de sa campagne mais il l’a fait en arrondissant les angles et sans jamais entrer dans les détails, chiffres et dates, comme s’il était soudain devenu conscient qu’il ne pourrait pas diriger l’Amérique comme une entreprise, donner des ordres à ses cadres et attendre qu’ils soient exécutés sans discussion, mais devrait tenir compte du Congrès, des 50 Etats américains, du pouvoir judiciaire et de tous les corps constitués qui font un pays et particulièrement une démocratie.

Trump, un patron avant tout

Alors si, une inflexion : le mur sera bien construit à la frontière mexicaine et la lutte contre l’immigration illégale reste une absolue priorité mais… Mais les Etats-Unis pourraient s’orienter demain vers une immigration sélective, de gens formés et pouvant apporter leur savoir à l’industrie américaine.

Il y avait là comme un écho des protestations de la Sillicon Valley qui s’était émue de ne plus pouvoir recruter de cerveaux à l’étranger. Ce président intègre les rapports de force. Il va, il l’a répété, augmenter le budget militaire, lancer de grands travaux et s’occuper d’abord de l’Amérique mais il s’est gardé de dire comment il ferait tout cela sauf sur un point.

Pour inciter les entreprises à ne pas exporter leurs emplois il va leur offrir – c’est un deal, c’est le deal de ce mandat – une baisse de leurs impôts et une réduction drastique du nombre de normes qu’elles doivent respecter. Donald Trump apprend le métier de président mais ce qu’il est avant tout, c’est un patron, très au courant de ce que les patrons espèrent.

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