Et cette fois-ci, c'est Michel Barnier qui en est responsable...

C'est en effet lui et ses équipes qui ont publié hier un premier brouillon de l'accord auquel pourraient parvenir Britanniques et Européens sur ce divorce sans consentement mutuel.

Il s'agit évidemment d'un texte de travail et uniquement du point de vue de l'Union européenne mais il a justement cet énorme avantage : de mettre au propre et en 119 pages l'avis des 27 membres de l'Union.

L'idée étant de faire sortir la Grande-Bretagne du bois. 1er élément de réflexion : tous ceux qui connaissent Michel Barnier, et les Français le connaissent bien, savent combien cet homme est un Européen convaincu et d'une parfaite urbanité.

Ce qui est fascinant, c'est d'en lire le portrait dans la presse britannique brexiteuse. Michel Barnier y est décrit comme fourbe et retors, déterminé, comme tous les Français, à précipiter la ruine de la Grande-Bretagne.

Au-delà de l'anecdote, l'idée de Michel Barnier et de forcer la main des Britanniques...

Oui, parce qu'il y a en fait un fond d'inquiétude à Bruxelles où l'on se méfie comme de la peste des qualités séculaires des Britanniques lorsqu'il s'agit de négocier un accord de libre-échange. Je vais essayer d'être clair :

Depuis Elisabeth 1ère, les Britanniques ont fait du libre-échange l'alfa et l'oméga de leur politique étrangère et impériale. En fait, on pourrait même dire sans trop distordre l'histoire qu'ils n'ont fait que cela tout au long de leur histoire moderne : négocier ou imposer des accords de libre-échange

Donc lorsque les Britanniques ont l'air d'hésiter, de dire une chose et son contraire, de rester dans le flou, on estime à Bruxelles qu'il s'agit d'une ruse toute britannique selon le bon vieux principe : « on ne sort de l'ambiguïté qu'à ses dépens ».

La solution, vue de Bruxelles, est de jouer carte sur table et d'appuyer là où ça fait mal. Or, à Londres, ça fait mal sur l'Irlande du Nord, sur le statut des étrangers, sur la période de transition et sur la Cour européenne. En clair, ça fait mal partout.

Est-ce que ce n'est un peu dangereux aussi d'abattre ainsi son jeu

Pas vraiment : Michel Barnier a le cuir épais et toutes les insultes qu'il pouvait imaginer recevoir lui ont déjà été adressées – selon le 2nd principe des négociateurs britanniques : Always blame the French – toujours accuser les Français.

Ensuite, l'Europe a beaucoup de cartes en main, à commencer par la pendule qui fait tic-tac tic tic... 8 mois pour négocier, 13 pour signer. Pas un jour de plus. Mais les Britanniques sont tout de même parvenus à glisser deux ambiguïtés.

La fameuse « période de transition » que les Britanniques voulaient indéfinie, histoire d'en être, sans en être, tout en négociant jusqu'à épuisement. Michel Barnier a vu le danger : cette période durera un an, jusqu'à fin 2020. Circulez !

Même idée pour l'Irlande : la Grande Bretagne ne voulait pas de frontière inter-irlandaise mais ne voulait pas non plus de frontières entre l'Irlande du Nord et la Grande-Bretagne. Michel Barnier a bien vu le loup : c'est in ou out, pas les deux.

Au fond, Michel Barnier est au peut-être plus retors qu'on ne l'imaginait. Plus méfiant en tout cas !

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