L’échec du sommet de Hanoi montre que le Président américain ne pouvait pas se permettre de signer un mauvais accord malgré son désir de revenir à Washington avec un succès diplomatique.

Donald Trump lors de sa conférence de presse à Hanoi, jeudi 28 février 2019, annonçant l’échec de sa rencontre avec Kim Jong-un.
Donald Trump lors de sa conférence de presse à Hanoi, jeudi 28 février 2019, annonçant l’échec de sa rencontre avec Kim Jong-un. © AFP / Saul LOEB / AFP

Ce qui s’est passé à Hanoi est riche d’enseignements. Car il y a quelque chose de très rassurant dans la manière avec laquelle Donald Trump a renoncé à un accord avec le leader nord-coréen Kim Jong-un, en estimant que le compte n’y était pas. On peut déplorer qu’’il ne soit pas parvenu à la dénucléarisation de la Corée du nord, mais on ne peut pas regretter que le président américain ne signe pas un accord qui semblait très déséquilibré.

J’avais ironisé mercredi, dans cette chronique, sur le fait que Donald Trump annoncerait un accord spectaculaire, même s’il n’y en avait pas, pour des raisons de politique intérieure américaine. Ca lui aurait en effet bien servi à détourner l’attention du témoignage accablant de son ancien avocat Michael Cohen, qui se déroulait au Congrès au même moment que le sommet de Hanoi.

Outre le fait que l’ironie est bien mauvaise conseillère en me donnant tort, le fait que Donald Trump ait résisté à cette tentation, ou plutôt que son entourage l’ait fait pour lui, est assez rassurant.

Donald Trump a lui-même donné la clé de ce qui s’est passé à Hanoi, en déclarant qu’il ne pouvait pas signer un accord qui déplaisait à « Mike ». Mike c’est le Secrétaire d’État Michael Pompeo, l’ancien patron de la CIA, qui a mené les discussions préparatoires avec les Nord-Coréens, et qui n’est pas un tendre.

Mike Pompeo a, de fait, veillé à ce que Donald Trump, tout à son enthousiasme pour son nouvel ami Kim Jong-un, refuse le deal qui était proposé par les Nord-Coréens : une levée totale des sanctions économiques qui pèsent sur la Corée du Nord, en échange d’une dénucléarisation partielle.

Le New York Times expliquait hier que Mike Pompeo avait veillé à ne pas laisser trop longtemps Donald Trump seul avec Kim Jong-un, de peur qu’il accepte un accord sans consulter auparavant ses conseillers à la sécurité.

Ce que montre cet épisode, c’est que les garde-fous fonctionnent suffisamment bien à Washington, même avec un Président dysfonctionnel comme Donald Trump.

Ce n’est pas le seul exemple… C’est ce qui s’est également passé dans l’affaire des soldats américains présents en Syrie aux côtés de la force arabo-kurde qui combat Daech. 

En décembre, Donald Trump a annoncé unilatéralement leur départ, semant la consternation parmi les alliés des États-Unis, dont la France qui a également des hommes sur le terrain. Une décision trop hâtive alors que Daech n’était pas totalement défait comme on le voit en ce moment à Baghouz, le dernier bastion des djihadistes. Cette affaire avait provoqué la démission du Ministre de la défense américain, le général James Mattis.

Dans un premier temps, Donald Trump a accepté d’étaler ce départ, puis, la semaine dernière, volte-face, il a annoncé le maintien d’une force résiduelle américaine sur place, de quoi dissuader la Turquie de s’attaquer aux Kurdes syriens qui se sentaient lâchés par les Américains.

Cette situation ajoute certes à l’imprévisibilité de la politique américaine, mais cela signifie que le pire n’est jamais sûr avec Donald Trump, et dans le monde actuel, c’est assez rassurant.

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