Un mois après le coup d’État, l’armée putschiste a fait au moins 20 morts parmi les manifestants réclamant le retour de la démocratie, dimanche 28 février. Un massacre de plus grande ampleur est à craindre alors que la communauté internationale est impuissante.

Mémorial improvisé dimanche 28 février à Rangoon, à la mémoire de certaines des victimes de la répression des forces de l’ordre contre les manifestants pro-démocratie.
Mémorial improvisé dimanche 28 février à Rangoon, à la mémoire de certaines des victimes de la répression des forces de l’ordre contre les manifestants pro-démocratie. © AFP / Ye Aung THU / AFP

Le sang a coulé hier en Birmanie. Au moins 18 morts et un millier de blessés, des manifestants pacifiques tués lorsque les forces de l’ordre ont ouvert le feu à balles réelles dans plusieurs villes. C’est le plus lourd bilan depuis que les Birmans descendent en masse dans la rue pour réclamer le retour à la démocratie et la libération de leur dirigeante, Aung San Suu Kyi qui passait en procès ce lundi.

Cette escalade était prévisible dans la mesure où l’armée, qui a pris le pouvoir le 1er février, n’a pas réussi à dissuader la population de protester : la répression monte donc d’un cran.

Les images qui circulent sur les réseaux sociaux sont impressionnantes. Des vidéos d’amateurs tournées dans plusieurs villes montrent le moment où surgissent les premiers coups de feu, la panique, les premières victimes. 

Une photo symbole, aussi, celle d’une sœur catholique birmane de l’ordre de Saint François Xavier, Sœur Nu Thawng, agenouillée devant un cordon de policiers armés, les implorant de ne pas ouvrir le feu. C’est le cardinal de Rangoon, Mgr Charles Bo, qui a tweeté cette photo, dans ce pays où les catholiques ne représentent que 1% de la population et ont souvent subi des persécutions par le passé. Aujourd’hui, les Birmans sont unis pour réclamer le départ des militaires.

Sur internet, une formule rassemble les Birmans : "combien de morts faut-il pour que l’ONU intervienne ?". La réponse, hélas, ne dépend pas du nombre de morts, mais d’un impossible consensus entre les détenteurs du droit de véto : parmi eux, la Chine et la Russie, qui ont des liens étroits avec la junte militaire birmane.

Vendredi, il y a eu un moment exceptionnel au siège de l’ONU : l’ambassadeur birman, U Kyaw Moe Tun, a pris la parole pour réclamer une action internationale "par tous les moyens nécessaires", pour rétablir la démocratie. Il a été aussitôt limogé par la junte militaire qui l’a accusé de "trahison".

La "bataille de l’ONU" n’est pas terminée. Les États-Unis occupent à partir d’aujourd’hui, et pour un mois, la présidence tournante du Conseil de sécurité ; c’est aussi le premier jour de Linda Thomas-Greenfield, la nouvelle ambassadrice de Joe Biden, qui vient d’obtenir le feu vert du Sénat. Joe Biden a mis les droits de l’homme au cœur de sa diplomatie, et cette première crise l’oblige à ne pas rester les bras croisés.

Mais c’est la Chine qui est LA puissance la plus influente en Birmanie ; et aucune pression, aucune sanction, ne sera efficace sans son soutien. A l’opposé, son obstruction renforcerait encore son influence. Dans le climat délétère entre Washington et Pékin, une entente parait difficile pour trouver une sortie honorable en Birmanie.

Les Birmans qui défilent depuis bientôt un mois ne se font sans doute pas d’illusions sur une possible intervention occidentale en leur faveur. 

L’Europe et les États-Unis ont annoncé des sanctions qui sont, au mieux, un moyen de montrer leur désapprobation sans impact immédiat. Le sort de la confrontation en Birmanie est entre les mains des Birmans eux-mêmes ; dans un huis-clos qui risque, hélas, de tourner au massacre.

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