Coalisées contre les anciens communistes sortants mais opposées sur à peu près tout, deux droites s’étaient présentées aux élections polonaises. L’une était libérale, dérégulation et marché mondial, l’autre plus difficile à définir, à la fois plus conservatrice sur tout ce qui touche aux mœurs et à la famille et très sociale dans sa volonté de subventionner emplois et natalité. Signe du recul libéral, c’est Droit et Justice, ce parti social-conservateur très marqué par le catholicisme, qui a remporté les législatives comme la présidentielle et la coalition des droites n’a pas même vu le jour. Leurs divergences étaient si grandes que les libéraux ont vite rompu les négociations et Droit et Justice a formé, hier, un gouvernement minoritaire qui devra glaner des voix au coup par coup, là où elles se trouveront, aussi bien dans la gauche populiste que dans la droite nationaliste et chez les libéraux. Le gouvernement du plus grand des nouveaux pays de l’Union sera ainsi fragile, constamment dépendant d’étranges combinaisons mais, au-delà des apparences, cette situation n’est pas si singulière que cela en Europe. La droite et la gauche allemandes cherchent à négocier un programme de gouvernement de commun. La gauche comme la droite françaises sont si divisées qu’on ne sait plus si les frontières d’aujourd’hui sont encore celles d’hier. En Italie, la droite éclate et la gauche est plus unie par son rejet de Berlusconi que par un vrai programme. En Grande-Bretagne, la gauche libérale de Tony Blair réinvestit massivement dans les services publics. La confusion politique n’a rien, en un mot, de spécifiquement polonais dans une Europe qui doit s’adapter à un nouveau siècle mais refuse si clairement le modèle américain que tous ses partis se cherchent - en quête d’une panacée, traditions nationales et économie mondialisée, protection sociale et flexibilité de l’emploi face aux concurrences internationales. Non seulement ce social-conservatisme polonais exprime une réalité européenne mais il y a quelque chose de très savamment dosé dans ce gouvernement d’un seul parti. Les Finances, d’abord, grand point d’achoppement des négociations entre les deux droites, reviennent à une universitaire qui avait participé à la mise en place de la thérapie de choc libérale après l’écroulement du communisme mais qui s’opposait farouchement à la volonté de la droite libérale de passer à un taux d’imposition unique quel que soit le niveau de revenus. Le plus important, disait-elle récemment, est de « réconcilier les gens », de ne pas aggraver, autrement dit, la polarisation politique entre ceux qui profitent du marché et ses laissés-pour-compte. Cette nomination se veut celle d’un juste milieu mais c’est entre les Affaires étrangères et la Défense que la volonté d’équilibre est la plus frappante. Les premières reviennent à un historien de la Révolution française né en France, ancien ambassadeur à Paris et européen convaincu ; la seconde à un journaliste réfugié en Grande-Bretagne après l’état de guerre, devenu citoyen britannique, marié à une Américaine et atlantiste militant. La diplomatie à un Français, les Armées à un Britannique – cela fait deux fers au feu de l’Europe.

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