La question est : « Pourquoi ? ». Pourquoi un homme dont la candidature et l’élection avaient soulevé un tel enthousiasme aux Etats-Unis et dans le monde, pourquoi un président qui a tenu, contre vents et marées, sa promesse d’étendre la couverture médicale à tous les Américains et dont les mesures de relance ont évité à son pays un naufrage qui aurait fait couler l’économie mondiale, pourquoi, en un mot, tous les sondages prédisent à Barack Obama qu’il perdra, demain, la majorité à la Chambre, la gardera, peut-être, au Sénat mais de justesse et sera, l’un dans l’autre, désavoué par les électeurs ? Le chômage, dit-on. Oui, c’est vrai, cela joue certainement puisqu’il frise maintenant les 10%. La croissance, ajoute-t-on, car elle est atone. L’économie, explique-t-on de partout, puisqu’elle ne repart pas et que sa langueur inquiète des électeurs dont l’attente a été déçue. L’état de l’économie pèse en effet mais, bien au-delà de ces mauvais chiffres et de l’inquiétude qu’ils suscitent, les vraies raisons de ce désenchantement sont ailleurs. La première est que l’attachement des Américains aux grandes familles politiques, droite et gauche, Républicains et Démocrates en l’occurrence, est encore bien plus faible qu’il ne l’est devenu en Europe. Aux Etats-Unis, on vote avant tout pour une personnalité, un charisme, une nouveauté. Un candidat tient le choc des primaires, parait fort et solide, séduit, sait parler à l’imaginaire des électeurs, vient de nulle part et surtout pas de Washington, et il s’impose en espoir de renouveau et pied de nez aux hommes en place. Ce fut le cas de Jimmy Carter, de Ronald Reagan, de Bill Clinton et, hier, de Barack Obama, mais que les résultats se fassent attendre, que tout ne change pas d’un coup, et plus dure sera la chute. C’est ce qui arrive à ce président mais, plus profondément encore, le problème de Barack Obama est qu’il était apparu comme celui qui avait désapprouvé la guerre d’Irak et pourrait tourner cette page et qu’il s’est heurté à bien plus que le legs international de Georges Bush. Ce président n’avait pas été élu que Lehman Brothers faisait faillite et qu’il fallait ouvrir grand les vannes de l’endettement pour parer l’incendie. Il n’y avait pas le choix. Il le fallait. Ne pas le faire n’eut été que pure folie mais, d’un coup, l’Amérique s’est ainsi retrouvée dans une longue et fragile convalescence, venue s’ajouter aux peurs suscitées par les bouillonnements du monde islamique et aux défis posés par l’affirmation des pays émergents. D’un coup, l’Amérique a découvert qu’elle n’avait pas seulement à réparer une erreur mais à faire face à la fin de sa suprématie et du monopole occidental sur les affaires du monde. Le choc a été violent, d’autant plus douloureux que le chômage et les saisies restent le quotidien de millions d’Américains. Tandis que Barack Obama y perdait nombre de ses partisans, une droite de la droite, nostalgique de la grandeur américaine, a émergé des rangs conservateurs. Le terrain est devenu mouvant pour ce président qui sait gérer, garder son calme et tenir ses promesses mais n’a pas su ouvrir un nouvel horizon dans lequel inscrire une reconquête américaine. Le problème d’Obama est que l’Amérique n’est plus et ne redeviendra pas le maître du monde et que cela s’est avéré sous son mandat.

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