Le Liban a, depuis hier, un président.

C’est un événement en soi puisqu’il y a plus de deux ans que les Libanais vivaient sans chef d’Etat car leur Parlement était incapable d’un élire un tant ce pays est divisé par l’antagonisme de ses diverses communautés religieuses et la question de ses rapports avec les deux puissances ennemies du Proche-Orient, l’Iran et l’Arabie saoudite.

Le blocage était complet et l’homme, Michel Aoun, sur lequel s’est finalement portée une nette majorité des députés libanais incarne à lui seul toutes les contradictions de cette nation éclatée mais étonnamment pérenne.

Longtemps, le général Aoun fut l’irréductible adversaire de la Syrie, aux temps où ce voisin autrefois tout puissant tentait de s’assure le contrôle du Liban qu’il considérait comme un territoire syrien dont les découpages coloniaux l’avaient indûment privé. Des débuts de la guerre civile libanaise dont Damas tirait les ficelles à son exil forcé vers la France, des années 70 à octobre 1990, ce militaire avait donc combattu, les armes à la main, la Syrie et ses alliés libanais et, après quinze ans d’une vie de réfugié politique à Paris, c’est en héros de la lutte nationale contre la Syrie qu’il était rentré à Beyrouth en 2005.

Les services secrets syriens venaient alors d’assassiner le Premier ministre Rafic Hariri. International, le scandale avait été tel que la Syrie avait dû retirer son armée du Liban. Michel Aoun faisait élire, dans la foulée, 21 députés mais, à la stupeur générale, il se rapproche un an plus tard du Hezbollah, de l’organisation politico-militaire des chiites libanais, conçue, créée, armée et financée par l’Iran, l’allié de la Syrie.

Ce chrétien maronite est ainsi devenu l’enfant chéri de l’axe chiite - Hezbollah, Iran, Syrie - et c’est ce qui lui a permis de devenir président hier.

Beaucoup pensent, et disent, qu'il a trahi sa cause mais, non, ce n’est pas cela.

L’armée syrienne rappelée du Liban, Michel Aoun était arrivé à la conclusion qu’il n’y avait pas d’avenir possible pour les chrétiens libanais en dehors d’une alliance des minorités du Proche-Orient, des minorités chrétiennes et druzes et de la minorité musulmane que constituent les chiites et leur protecteur iranien.

Contestable ou pas, c’est un choix de long terme qu’a fait Michel Aoun et, pour l’heure, c’est la fatigue et l’inquiétude de l’ensemble des forces libanaises qui ont permis son élection.

Entraîné dans le conflit syrien par son mentor iranien, le Hezbollah avait besoin d’une trêve sur le front intérieur. Les sunnite libanais avaient, eux, besoin de s’entendre avec le Hezbollah car ils se sentent moins sûrs du soutien de l’Arabie saoudite, en guerre au Yémen et en difficultés intérieures. Affaiblis, les chrétiens les plus radicaux avaient besoin de leur côté de reprendre leur souffle avant de voir venir.

Tous ont ainsi voté Aoun, pour l’homme qui leur a semblé le moins mal placé pour garantir une paix civile que menacent le conflit syrien et l’implosion régionale.

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