Mark Zuckerberg est accusé d’être un « ennemi de la vérité » pour son refus de retirer des publicités politiques mensongères. Le débat fait rage aux États-Unis à un an de la présidentielle.

Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, lors d’une comparution musclée devant une commission du Congrès américain, le 23 octobre à Washington D.C.
Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, lors d’une comparution musclée devant une commission du Congrès américain, le 23 octobre à Washington D.C. © AFP / Stefani Reynolds / Consolidated News Photos / dpa Picture-Alliance

A un an de l’élection présidentielle américaine, une des questions les plus débattues est celle des réseaux sociaux, et la manière d’éviter les manipulations qui ont marqué le scrutin de 2016. C’est un signe de la place prise par Facebook ou Twitter dans l’information des citoyens, et de la difficulté de trouver des règles du jeu acceptables et transparentes pour préserver l’intégrité d’un exercice démocratique.

Un homme est au cœur de ce débat : Marc Zuckerberg, le fondateur de Facebook, en position d’accusé numéro un. Il subit une avalanche de critiques pour avoir refusé de retirer de ses réseaux des publicités politiques mensongères, au nom de la liberté d’expression. En cause, des messages sponsorisés qui tentent de transformer l’affaire ukrainienne de Donald Trump, celle qui risque de lui valoir la destitution, en une « affaire Joe Biden », son possible rival démocrate pour 2020.

La semaine dernière, Zuckerberg passait un sale quart d’heure face aux questions sans concessions d’Alexandria Ocasio-Cortez, la jeune élue démocrate de New York, qui l’a mis face à ses contradictions. Hier, il a subi l’attaque d’une autre star médiatique, Aaron Sorkin, le scénariste multi-primé de la série The West Wing, mais surtout du film The Social Network, qui raconte l’histoire de … Mark Zuckerberg. 

Sorkin lui reproche tout simplement d’être devenu un « ennemi de la vérité ». Il adresse, dans le New York Times, une lettre ouverte à l’homme dont il a décrit l’irrésistible ascension ; il lui reproche de cautionner des mensonges qui, selon lui, corrompent l’essence de la démocratie, et même, écrit-il, l’avenir de nos enfants.

A l’intérieur de Facebook, une pétition circule parmi les 30 000 employés pour s’opposer à la position de Zuckerberg de ne pas retirer les publicités mensongères. 

Pour mieux enfoncer le clou, l’autre grand réseau social, Twitter, a annoncé hier sa décision de renoncer à toute publicité politique :

Nous pensons que la diffusion du message politique doit se mériter, pas s’acheter

… a déclaré Jack Dorsey, le PDG de Twitter, dont le but est clairement de prendre le contre-pied de Facebook.

Avec plus de deux milliards d’utilisateurs sur tous les continents, Facebook est un outil puissant qui sait tout de nous. Ces données permettent à des annonceurs de cibler leur message ; c’est valable pour vendre des canapés, pour promouvoir une cause, ou pour manipuler l’opinion. 

C’est ce qui s’est passé en 2016 avec la société Cambridge Analytica, liée à l’extrême-droite américaine, celle de Steve Bannon, et qui a disposé de millions de données personnelles via Facebook, au profit de Donald Trump. Ce scandale retentissant a modifié l’image du réseau social, de sympathique mise en relation d’amis, à arme de destruction politique massive.

Le fondateur de Facebook se défend d’autant plus mal qu’il est convaincu qu’il fait le bien de l’humanité, comme le raconte Julien Le Bot, auteur du livre Dans la tête de Mark Zuckerberg. C’est peut-être ce qui le rend plus dangereux encore.

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