Les Etats-Unis, résignés, se préparent à cette échéance. Le FMI, longtemps terrifié par cette seule idée, l’intègre aussi à ses plans, cherchant, déjà, à négocier un modus vivendi avec ce diable rouge qui pourrait sortir, dans six jours, des urnes brésiliennes. Si les sondages ne se trompent, le Brésil devrait en effet, porter, dimanche, à sa présidence, Luiz Inacio Lula da Silva, dit « Lula », fondateur du Parti des travailleurs, mouvement crée il y a vingt-deux ans en marge des grandes grèves ouvrières qui avaient ébranlé la dictature militaire. Parti de rien, l’homme est un mythe. Porté par les plus pauvres d’un pays immensément riche et atrocement misérable à la fois, il a bâti en deux décennies une organisation désormais à la tête de 185 villes dont Sao Paulo, la capitale économique du Brésil, et cinq des vingt-cinq Etats fédérés de ce pays, le plus étendu des Amériques, juste derrière les Etats-Unis. Au Brésil, dans toute l’Amérique latine, dans le monde entier, Lula est un héros de l’extrème-gauche, la seule grand figure politique dans laquelle se reconnaisse le mouvement de contestation de la mondialisation libérale. Pour les grandes fortunes du pays comme pour les investisseurs étrangers, il est donc l’adversaire par excellence, l’homme devant lequel les capitaux fuient et ils fuient en masse depuis que sa victoire paraît assurée, si ce n’est au premier tour au second. D’abord, l’argent n’a pas voulu croire à ce malheur. Puis il a joué, vrai panique et calcul délibéré, la chute de la monnaie nationale, les caisses vides, le mur de l’argent, mais Lula n’a pas cessé de grimper dans les sondages et, jusqu’à la direction des grandes entreprises et au conseil d’administration du FMI, des voix ont alors prêché la raison. Car Lula n’est pas un bolchevik. C’est un syndicaliste, radical car un syndicaliste ne peut que l’être dans un pays d’une telle violence sociale, mais le contraire, aussi, d’un jusqu’au boutiste. Il a su se rallier des universitaires et des économistes bons connaisseurs des rapports de force internationaux Ses équipes ne rêvent nullement de refaire 17 ou Cuba, seulement de civiliser ce pays partout où dirige le Parti des travailleurs , villes et états sont intelligemment gérés, mieux qu’ils ne l’étaient en tout cas, quand seul y comptait l’intérêt des plus riches. Le parti des travailleurs brésiliens, c’est la naissance d’un travaillisme en Amérique latine, de cette gauche syndicale dont étaient sortis, avant-guerre, les grands partis ouvriers d’Europe, pères de la protection sociale et de l’économie sociale de marché. A la réflexion, l’argent et les Etats-Unis peuvent vivre avec Lula et ils y sont, de toute manière, obligés car, à trop jouer l’épreuve de force, ils risqueraient de mettre le Brésil en défaut de paiement, en faillite comme l’est déjà l’Argentine. Ce serait, pour toute l’Amérique latine, une crise dévastatrice dont les répercussions sur les économies américaine et mondiale seraient gigantesques. L’argent devra faire avec Lula, Lula avec l’argent. Quelque chose vas se chercher au Brésil, grande puissance en gestation.

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