Quelque chose se brouille en Europe. Tout menace, aujourd’hui, l’affirmation d’une puissance européenne car, en ces temps d’incertitudes internationales et de croissance faible, à peu près tous les gouvernements de l’Union, premier problème, sont confrontés au doute de leurs électeurs. Aucun d’entre eux n’est donc chaud à l’idée de soumettre à référendum le projet de Constitution de l’Union mais comment adopter ce projet sans que les citoyens n’aient leur mot à dire, sans qu’ils ne saisissent, c’est le risque, cette occasion de dire « non » - non pas à la question posée, non pas à l’Europe, mais à leurs dirigeants ? C’est la difficulté car si l’on peut, au lieu de référendum, consulter les Parlements, si la démocratie n’en serait nullement violée, cette esquive n’en laisserait pas moins penser qu’on n’a pas voulu que les peuples se prononcent, au suffrage direct, car on connaissait d’avance leur réponse. Alors les gouvernements hésitent et donnent, ainsi, l’impression qu’ils ne sont pas fiers de ce projet, qu’ils ne se sentent pas de le défendre et plus ils tarderont à s’y décider plus le sentiment dominera qu’il n’y aurait effectivement pas de raison de dire « oui » à ce texte. Jour après jour, une dangereuse spirale s’enclenche, d’autant plus inquiétante que l’Union est aujourd’hui profondément divisée par deux débats d’importance. Comme la Grande-Bretagne, ses nouveaux membres, par peur de s’éloigner de l’Amérique, veulent freiner tout ce qui pourrait ressembler à une affirmation politique de l’Europe. Il y a, dans l’Union, un parti européen et un parti américain et, pour ne rien arranger, les pays de l’euro ne savent plus comment contourner le Pacte de stabilité qu’ils se sont eux-mêmes imposé mais dont les dispositions paraissent aujourd’hui contraires aux besoins de relance économique. L’Union est, en bref, dans la même confusion que les Etats qui la composent. Ce n’est pas surprenant, moins encore illogique, mais deux rappels s’imposent. Le premier est que tout ce qui est européen relèvera, par définition, du compromis entre pays membres tant que l’Union n’aura pas de gouvernement européen procédant d’élections européennes. Ce projet de Constitution est un compromis mais un bon compromis car il fait reculer la règle de l’unanimité au profit des votes majoritaires, accroît les pouvoirs du Parlement donc des électeurs européens et, parallèlement, dote l’Union d’un Président qui l’incarnera sur la scène internationale. Il n’y aurait aucune raison, bien au contraire, de rejeter ce projet sauf, naturellement, s’il était dénaturé par les négociations qui s’ouvrent, samedi, entre les vingt-cinq Etats membres. Le second rappel à faire est qu’une Constitution n’est pas faite pour définir la politique de ceux qui l’adoptent, en l’occurrence les pays de l’Union. Elle définit, ce qui n’est pas la même chose, le cadre institutionnel à l’intérieur duquel les électeurs choisiront la politique et les dirigeants qu’ils souhaitent. Il ne faut pas tout mélanger. La question qui se pose à nous, Européens, n’est pas de savoir si nous sommes ou non satisfaits des politiques aujourd’hui menées par nos gouvernements mais si nous voulons ou non continuer d’unir nos pays, pouvoir peser dans un monde où, désunis, nous compterons toujours moins.

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