L’Irak, le terrorisme, la sécurité des Etats-Unis - c’est sur ces thèmes que Georges Bush se considérait à son avantage. C’est pour cette raison qu’il avait exigé, et obtenu, qu’ils soient, hier soir, le sujet du premier de ses trois débats télévisés avec John Kerry mais, dans ces quatre-vingt dix minutes de joute, ce n’est pas le Président sortant qui a marqué des points. La forme d’abord, cette impression visuelle qui compte tant. Non seulement John Kerry domine physiquement son adversaire, par la taille, mais Georges Bush semble avoir oublié que la caméra peut saisir ses expressions à tout instant. On le voit trop souvent accuser le coup quand John Kerry développe un argument fort. Son visage se plisse tant dans la recherche de la bonne réponse qu’on dirait un gamin boudeur séchant sur sa copie alors que le candidat démocrate, lui, passe haut la main le test de l’allure présidentielle, toujours serein, courtois et sûr de lui. Le fond maintenant. Dès ses premiers mots, John Kerry, donne la trame de son message en disant que, pour assurer plus de sécurité aux Etats-Unis et au monde, il faut être « dur », oui, mais également intelligent et que l’objectif devait être, doit être, d’isoler les islamistes radicaux et pas les Etats-Unis, de ne pas couper les Etats-Unis de leurs alliés, de savoir au contraire les avoir à ses côtés dans la lutte contre le terrorisme. Trois fois, John Kerry martèle que l’Amérique supporte aujourd’hui seule « 90% des coûts et des pertes » de cette guerre et ce n’est que plus tard, quand le débat s’échauffe, que Georges Bush trouve sa réplique en remarquant qu’il est difficile de mobiliser les soutiens quand on parle, comme le candidat démocrate, d’une « mauvaise guerre, au mauvais endroit, au mauvais moment ». « Signaux brouillés », martèle, lui, le Président sortant mais ce sera le seul moment où il semblera plus cohérent que son adversaire qui a très habilement su, l’air de rien, dans le cours de son propos, devancer les attaques attendues sur les contradictions dont les Républicains l’accusent depuis le printemps. Il a voté, oui, la résolution du Congrès autorisant le président à entrer en guerre mais cette résolution, dit-il, n’autorisait la guerre qu’en « dernier ressort » alors que Georges Bush s’est « rué » sur elle. « J’ai été constant, dit John Kerry. Saddam était une menace mais il y avait une bonne et une mauvaise manière de le contrer et il (c’est de Georges Bush dontil parle) a choisi la mauvaise », fait une « colossale erreur » en ignorant l’Onu, en intervenant en Irak dont il a fait le centre du terrorisme alors que c’est sur l’Afghanistan, refuge de Ben Laden, qu’il fallait, dit-il, se concentrer. Au lieu de cela, enchaîne le candidat démocrate, nous avons offert à Ben Laden la possibilité de dire au monde musulman que l’Amérique avait déclaré la guerre à l’Islam. « L’ennemi nous avait attaqué », rétorque Georges Bush. Non, lui répond aussitôt John Kerry, nous ne l’avions pas été par un Saddam affaibli et sous surveillance mais « par Ben Laden, par Al Qaëda ». Deuxième round, vendredi prochain.

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