D’un mal peut sortir un bien. A peine ouverte, car elle n’est qu’à peine ouverte, cette crise financière a déjà rappelé que l’Etat avait un rôle à jouer dans l’économie en la régulant. Elle a démontré qu’on ne pouvait certainement pas se reposer sur « la main invisible du marché » si chère aux libéraux. Elle est en train de faire voir que si le marché est devenu mondial, la régulation doit l’être aussi. Dans l’épreuve on apprend beaucoup et vite mais cette crise pourrait bien accélérer, aussi, d’indispensables changements dans l’Union européenne car pourquoi Nicolas Sarkozy reçoit-il aujourd’hui, à déjeuner, le premier ministre irlandais ? Pourquoi voit-il ensuite le chef du gouvernement néerlandais ? Et pourquoi s’apprête-t-il à réunir, à l’Elysée, dans les tout prochains jours, les dirigeants des plus riches pays de l’Union, ceux qui sont membres du G-8, le président de la Commission, le président de la Banque centrale européenne et le président de l’eurogroupe, l’organisme qui rassemble les Etats ayant adopté la monnaie unique ? La réponse est que, face à ce séisme qui ne l’épargne pas, l’Union réalise aujourd’hui ce que les plus libéraux de ses membres auraient du comprendre depuis longtemps – qu’elle ne peut pas se passer d’une politique économique commune ; qu’elle doit se doter de moyens d’intervention dont elle est infiniment plus dépourvue que les Etats-Unis et qu’elle doit ouvrir une « réflexion collective » – l’expression est de Nicolas Sarkozy – sur beaucoup de ses « dogmes », notamment, la sacralisation de la concurrence et la condamnation de principe des aides d’Etat. L’Union est à la veille de mesures d’urgence qui font tomber beaucoup des tabous qui avaient été imposés, par les libéraux, dans les constants compromis sur lesquels elle s’est construite. La Grande-Bretagne a du nationaliser plusieurs banques. Les Pays-Bas viennent d’en renflouer une. L’Irlande a du garantir tous ses dépôts bancaire pour deux ans. Même les plus libéraux des Européens doivent ouvrir les yeux et, si rien n’est encore décidé, on parle aujourd’hui, dans les contacts entre capitales, d’une « suspension » des règles relatives aux aides d’Etat, d’une modification des règles comptables, d’un adossement des Sicav monétaires sur la BCE afin d'éviter tout mouvement de panique ou, encore, d’un élargissement du crédit aux entreprises. On cherche, en un mot, des réponses communes à la réalité de la situation et, dans cette quête, encore confuse mais déterminée, il n’y a rien d’autre que l’émergence d’un pragmatisme, le retour du politique aux commandes de l’Union et, oui, l’ébauche, à chaud, hors des traités, d’une politique économique commune. Dans la tempête, cette crise pourrait faire beaucoup avancer l’Union et cela est d’autant plus frappant que le hasard a voulu que la crise géorgienne l’ait amenée, ces dernières semaines, à prendre, dans la même urgence, des décisions rapides et sages sur le sujet de politique étrangère qui la divise le plus – les relations avec la Russie. Les défis font exister l’Union.

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