Il reste plus de 15% d’indécis. Brian Cowen, le Premier ministre irlandais, est tellement impopulaire que beaucoup d’électeurs pourraient voter « non » dans le seul but de précipiter sa sortie. Rien n’est donc joué mais le plus probable est, pourtant, que l’Irlande accepte demain, par un nouveau référendum, ce traité institutionnel européen qu’elle avait rejeté en 2008. Depuis lors, l’Irlande a reçu l’assurance que ce texte ne lui ferait pas perdre son siège à la Commission et ne l’obligerait ni à revenir sur son interdiction de l’avortement ni à renoncer à sa neutralité. Bien des malentendus ont été levés et la crise, surtout, est passée par là. L’Irlande, qui s’enorgueillissait tant d’avoir fait décoller son économie en la libéralisant comme peu des 27 Etats membres, est au bord de la faillite avec plus de 15% de chômeurs et une croissance en chute libre. L’Irlande a besoin de l’Europe sans laquelle elle aurait beaucoup de mal à se redresser et c’est cette évidence, incontournable, qui a fait s’envoler le « oui » à nettement plus de 50% des intentions de vote – 55% ou même 68% selon les sondages. Si le vote confirme cette tendance, il ne resterait alors plus que les libéraux tchèques pour tenter de bloquer l’adoption du traité et beaucoup de choses pourraient ainsi changer en Europe. L’Union devrait bientôt avoir un président, un homme ou une femme qui l’incarne, et un « Haut représentant », c’est-à-dire un ministre des Affaires étrangères. Plus important encore, les Etats membres seraient désormais obligés de proposer au Parlement un candidat à la présidence de la Commission qui soit issu de la majorité choisie par l’électorat paneuropéen. Un pas serait fait vers l’Europe politique, vers une Union fondée sur un système parlementaire. La Commission procéderait de la volonté populaire et non plus d’obscurs marchandages entre les 27 Etats, et parallèlement, que le oui l’emporte ou pas en Irlande, deux autres changements de taille s’amorcent en Europe. Le premier – on le disait lundi – est qu’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy travaillent depuis plusieurs mois à l’organisation d’une convergence durable des politiques de la France et de l’Allemagne passant par la définition de politiques industrielles communes et l’harmonisation systématique de leurs position aussi bien au sein de l’Union que sur la scène internationale. Ce qu’ils souhaitent, c’est redonner une avant-garde à l’Union en donnant l’exemple d’une coopération renforcée à laquelle d’autres, tous ceux qui le souhaiteraient, seraient invités à se joindre. Plus encore que d’une relance du couple franco-allemand, c’est de la constitution d’une FrançAllemagne, d’un ensemble politique à deux têtes, que rêvent la chancelière et le président de la République et le second changement qui se cherche n’est pas loin d’être aussi important. Echaudée par l’abandon du projet de déploiement d’un bouclier anti-missiles américain en Europe centrale, la Pologne se rapproche en ce moment des conceptions françaises de l’Europe, des idées d’Europe politique et surtout, d’Europe de la Défense. Des notes s’échangent. Le paysage européen se modifie.

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