Si la Constitution l’avait autorisé à briguer un troisième mandat, il l’aurait obtenu dimanche et haut-la-main. Avec un taux d’approbation de 80%, le président brésilien est de très, très loin, le plus populaire des dirigeants des pays démocratiques. La candidate qu’il soutient, Dilma Rousseff, a donc toute chance de lui succéder mais à quoi tiennent le prestige personnel de Luiz Inacio Lula da Silva, dit Lula, et l’énorme succès qu’auront été ses huit années de présidence ? La première raison en est que, des plus misérables des Brésiliens à la classe moyenne, une écrasante majorité de ses concitoyens pouvaient se reconnaître en lui. Huitième et dernier enfant d’une famille de paysans pauvres, ouvrier métallurgiste à 14 ans, formé par l’action syndicale et les grèves qu’il avait menées avec un courage inouï durant les 19 années de dictature militaire, mûri par les trois échecs qui avaient précédé sa victoire de 2002, Lula est ce qu’on appelait autrefois un fils du peuple. Son parcours suscitait naturellement la confiance des électeurs les plus modestes pour lesquels il a incarné un rêve de réussite et de progrès social. Il aura été leur président, l’un des leurs à la tête de l’Etat, et son prestige aura été d’autant plus grand que, dans un pays gangréné par la corruption, jamais l’ombre d’un début de commencement de soupçon ne l’a atteint et que, lorsque des gens de son entourage se sont trouvés mêlés à des scandales, il les a immédiatement écartés. Lula a su donner une très belle image de la politique, celle qui manque à tant de démocraties, ce mélange d’altruisme et de volonté, de courage et d’honnêteté qui fait, sans mystère, les grands hommes d’Etat. C’est le plus important mais, bien sûr, pas tout. Venu de l’extrême gauche, Lula aurait pu céder aux mythes révolutionnaires, nationaliser à tout va et instaurer un pouvoir populaire, celui d’un parti parlant au nom du peuple, il aurait pu marcher sur les traces de Castro ou celles d’Hugo Chavez, mais non, pas du tout. Improbable Arlette Laguiller devenue Pierre Mendès-France, il a, au contraire, poursuivi la politique de stabilisation monétaire et budgétaire menée par son prédécesseur, le social-démocrate Fernando Henrique Cardoso, dont il a, parallèlement, développé les programmes sociaux en leur donnant un formidable élan. Sous la présidence de Lula, les familles pauvres ont reçu une « bourse famille », des allocations familiales conditionnées à la scolarisation de leurs enfants, qui leur a permis de sortir de la misère. Sous Lula, 29 millions de Brésiliens sont passés au-dessus du seuil de pauvreté et l’accroissement de la consommation qui s’est ensuivi a contribué à dynamiser l’économie et enrichir tout le pays qui a découvert, là, les bienfaits d’une politique de cohésion sociale. Le Brésil a, désormais, confiance en lui-même. Les parents sont convaincus que leurs enfants vivront mieux qu’eux, ce qui est très probable car, assis sur d’immenses richesses naturelles et en paix intérieure, cet immense pays est déjà la huitième puissance économique du monde et pourrait devenir la cinquième sous 15 ans. Il reste énormément à faire, des infrastructures à créer, une corruption à juguler, une misère à éradiquer, mais le legs de Lula est solide.

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