C’est un pays de moins de 5 millions d’habitants, un tout petit pays sans gaz ni pétrole mais dont les législatives de ce lundi n’en sont pas moins scrutées par les grandes capitales. Ancienne République soviétique devenue indépendante en 1991 à la faveur de l’éclatement de l’URSS, la Géorgie demeure en effet un foyer de tension internationale depuis que la Russie a occupé en 2008 deux de ses régions, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, avant de les reconnaître comme Etats indépendants.

Candidate à l’entrée dans l’Union européenne et l’Otan, la Géorgie est sous pression permanente de la Russie qui voudrait la replacer dans son orbite ou ne pas la voir, à tout le moins, passer à l’Ouest et constituer, à sa frontière sud, un nouveau pays membre de l’Alliance atlantique. Entre Europe et Asie, limitrophe du Caucase russe et de ses poussés islamistes, voisine de la Turquie et de deux autres anciennes Républiques soviétiques en conflit permanent depuis 1987, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la Géorgie est aux confluents de la Russie, du Proche-Orient et de grandes poudrières et ses évolutions intérieures ne laissent ainsi pas indifférent.

Deux hommes se disputent aujourd’hui ses suffrages. D’un côté, Mikhaïl Saakachvili, son président, qui avait enthousiasmé les Géorgiens et les Occidentaux en 2003 lorsqu’il avait pacifiquement chassé du pouvoir le vieil Edouard Chevardnadze, ancien apparatchik soviétique devenu ministre des Affaires étrangères de Mikhaïl Gorbatchev avant de lui tourner le dos lorsque le père de la Perestroïka avait perdu pied. Chevardnadze, c’était l’URSS et sa fin, une page tournée, et l’on n’aurait pas pu imaginer contraste plus saisissant que celui qu’avait alors incarné ce jeune juriste formé en France et aux Etats-Unis, marié à une Néerlandaise et parlant cinq langues.

Mikhaïl Saakachvili s’était alors fait élire président avec 96% des voix mais s’était vite montré autoritaire, allergique à toute contestation, ternissant son image par la répression de manifestations et la fermeture d’une télévision d’opposition. Cela ne l’avait pas empêché de se faire réélire mais, en août 2008, il offre à la Russie le prétexte qu’elle attendait en tentant de reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud, partie intégrante de la Géorgie mais pro-russe.

Il avait tablé sur la protection des Etats-Unis qui ne bougeront pas. Cette opération est un fiasco national, une effarante preuve d’aveuglement politique de ce président et l’homme qui veut maintenant lui ravir sa majorité parlementaire, Bidzina Ivanichvili, est à la tête de la première fortune de Géorgie, la 157ième du monde, qu’il avait constituée en devenant l’un des grands prédateurs des privatisations de l’ère Eltsine.

De là à en faire l’homme des Russes, il n’y a qu’un pas mais ce milliardaire dit, lui aussi, vouloir faire entrer la Géorgie dans l’Otan et l’Union européenne et vouloir, pour cela, réparer les relations avec Moscou. Il y a deux semaines encore, il n’avait aucune chance de remporter ces législatives mais une retentissante affaire de torture en prison a ébranlé Mikhaïl Saakachvili. Le suspens est entier et la Géorgie, moins stable que jamais.

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