Le flot ne s’est pas interrompu. Guerres, attentats, répressions, massacres et crises inextricables continuent, bien sûr, à dominer l’actualité internationale mais, dans cet océan d’abominations, trois nouvelles font soudainement un peu moins honte au genre humain. C’est d’elles dont on parlera ce matin, par volonté d’espérer.

La Grèce, d’abord, s’est enfin décidée à s’attaquer à l’Aube dorée, le parti nazi, ouvertement nazi, qui avait fait élire dix-huit députés aux dernières élections. Dans ce pays frappé par une austérité ravageuse, dans ce pays européen où le niveau de vie régresse et où le chômage a atteint de tels niveaux que les jeunes en émigrent comme on le faisait d’Irlande ou d’Italie au XIX° siècle, les autorités n’osaient tout simplement pas engager de poursuites contre ce parti. En bandes armées, ses militants organisaient de véritables chasses aux immigrés, les tabassaient et les frappaient à mort avec la volonté de tuer mais les autorités laissaient faire, par crainte d’être accusées de protéger des étrangers alors qu’elles ne cessent de couper dans les dépenses publiques et d’accabler les Grecs de sacrifices sociaux.

L’Aube dorée bénéficiait, de fait, d’un permis de tuer jusqu’à ce que l’assassinat d’un chanteur grec, une star connue pour dénoncer ses crimes, ait réveillé le pays. La presse, les partis, le gouvernement, les citoyens ont brutalement vu ce qu’ils n’avaient pas voulu voir. Les assassins sont maintenant déférés devant la Justice, bien tard mais mieux vaut tard que jamais.

L’Italie maintenant. Là-bas, Silvio Berlusconi avait ordonné, samedi, de démissionner aux cinq ministres de son parti siégeant dans le gouvernement de coalition. Le prétexte était un projet de hausse de la TVA. Parfaitement claire pour tous les Italiens, la vérité était qu’il voulait ainsi forcer les autres partis de la coalition à empêcher le Sénat de lui retirer son mandat maintenant qu’il a été définitivement condamné à quatre ans de prison pour fraude fiscale. Dans le seul but de tenter d’échapper à la Justice, cet homme provoquait délibérément une crise politique dans un pays dont l’économie demeure immensément fragile.

Cet homme prenait son propre pays en otage mais l’indignation a été telle dans tous les milieux que de nombreux cadres et élus de son parti se sont désolidarisés de lui hier et que le jeune chef du gouvernement, Enrico Letta, a désormais non pas la certitude mais une chance au moins de remporter le vote de confiance qu’il demandera, demain, aux deux chambres.

L’Italie semble devoir sauver son honneur, et puis il y a l’Iran. La République islamique est sur le devant de scène depuis que son nouveau président, Hassan Rohani, a multiplié les gestes d’ouverture internationale et qu’un compromis sur le nucléaire apparaît moins impossible. Chacun s’en félicite mais ce qu’on voit moins est que cet homme n’aurait pas été élu si tous les dirigeants et électeurs réformateurs n’avaient pas décidé de faire front derrière lui à la présidentielle de juin dernier. Si une guerre est évitée, ce sera grâce à cette unité d’un peuple, à cette si belle et si rare chose qui s’appelle l’intelligence collective d’une nation.

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