Ce n’est pas un homme dont on puisse négliger l’avis. Dominique de Villepin avait tant eu raison de tenter d’empêcher l’aventure irakienne de Georges Bush qu’on doit évidemment entendre ses arguments contre cette nouvelle guerre d’Irak visant à contrer et réduire l’Etat islamique. Développés hier dans Le Monde, ils sont essentiellement que cette guerre serait sans victoire possible, vaine, suicidaire même, et refléterait « un glissement de la France vers un militarisme démocratique et occidentaliste traduisant son doute sur son avenir et sa vocation ». L’ancien ministre des Affaires étrangères fait ainsi valoir que même une fois écrasés les criminels de cet Etat islamique qui n’est pas plus Etat qu’islamique, d’autres périls surgiront au Proche-Orient et qu’il faudrait bien plutôt développer une stratégie politique d’asphyxie de ce groupe, tarir ses ressources financières, assécher ses viviers et le priver du soutien des sunnites irakiens qui ne l’appuient que pour retrouver leurs droits dans un pays aujourd’hui dominé par sa majorité chiite. Sur tous ces points, il a raison. Bien plus que par les bombes, ces illuminés sanguinaires ne seront vaincus, c’est vrai, que le jour où ils ne pourront plus vendre sur le marché noir les barils tirés des champs pétrolifères dont ils se sont emparés, où ils ne pourront plus recruter sur les cinq continents et où ils auront été lâchés par les sunnites auxquels auront été offerts de vraies garanties sur leur place en Irak. Ce sont les trois choses à faire mais c’est précisément pour cela que ces puits de pétrole sont systématiquement bombardés, que la surveillance policière des circuits de recrutement de ces nouveaux jihadistes s’est considérablement renforcée et que les Etats-Unis et la France ont refusé d’intervenir tant qu’un nouveau gouvernement irakien, plus ouvert aux sunnites, n’avait pas été formé. Tous ces efforts sont encore insuffisants mais ils sont faits parce qu’ils ont été reconnus comme nécessaires et prioritaires et que se serait-il passé si ces bombardements n’avaient pas été entrepris sans plus attendre ? La réponse est simple : l’Etat islamique aurait considérablement développé son emprise sur l’Irak, son prestige en aurait été accru auprès de ses recrues potentielles et il serait devenu infiniment plus difficile à défaire. Si elle n’est pas une solution en elle-même, bien sûr pas, cette intervention était nécessaire et urgente et non, la France ne s’est pas mise là à la remorque des Etats-Unis puisque c’est cela que Dominique de Villepin veut dire. Politiquement parlant, c’est exactement l’inverse puisque c’est au contraire la France qui avait vainement demandé aux Etats-Unis d’intervenir avec elle en Syrie et qui les a mobilisés, avec succès cette fois-ci, contre ce groupe qu’il ne fallait pas laisser devenir un Etat.

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