La Conférence annuelle du Parti conservateur au pouvoir s’annonce difficile pour la première ministre britannique Theresa May qui doit faire face à la surenchère de ses rivaux sur la question du Brexit.

Theresa May et Boris Johnson en juin 2017, quand l’actuel rival de la première ministre était Secrétaire au Foreign Office dans son gouvernement.
Theresa May et Boris Johnson en juin 2017, quand l’actuel rival de la première ministre était Secrétaire au Foreign Office dans son gouvernement. © AFP / Leon NEAL / POOL / AFP

Shakespeare n’aurait sans doute pas retenu Theresa May ou Boris Johnson comme personnages centraux d’une de ses tragédies. Mais il aurait assurément été inspiré par ce qui se joue en ce moment chez nos voisins d’outre-Manche, et qui n’est rien de moins que l’avenir du Royaume Uni.

La Conférence annuelle du Parti Conservateur qui s’est ouverte hier donne le spectacle pathétique d’un parti au pouvoir confus et divisé, à quelques mois seulement de la date butoir du 29 mars prochain, le début effectif du Brexit, la séparation de la Grande Bretagne de l’Union européenne. La première ministre, Theresa May, sait qu’elle compte sans doute plus d’ennemis à Birmingham qu’à Bruxelles, et n’est pas certaine de survivre la semaine à son poste.

A ce jour, aucun accord n’est réellement en vue, même si les négociateurs se sont entendus sur 90% des problèmes à régler dans ce divorce complexe. Mais les 10% restants sont les plus durs, en particulier la question de la frontière entre les deux Irlande, et provoquent une véritable crise de nerfs chez les Conservateurs.

Il reste moins d’un mois -c’est peu- pour conclure la négociation sur la séparation entre Londres et l’UE, un texte qui devra être ratifié par les parlements des 28 Etats-membres –ça ne sera pas évident à Westminster, le parlement britannique- et par celui de Strasbourg, avant d’entrer en vigueur.

Birmingham permettra d’évaluer les rapports de force au sein du parti au pouvoir, entre ceux qui veulent un accord à tout prix pour assurer une transition en douceur, et ceux qui préfèrent un « hard Brexit », c’est-à-dire pas d’accord plutôt qu’un mauvais accord, au risque de se retrouver tout nus le 29 mars.

Theresa May pensait avoir trouvé un point d’équilibre avec son plan dit de « Chequers », qui a été rejeté par les « 27 » lors du Sommet de Salzburg le mois dernier. La presse britannique a présenté cet échec comme une « humiliation », alors que tout le monde savait que ce plan n’avait pas la moindre chance d’être accepté. Rarement l’insularité britannique ne l’a autant coupée des réalités du continent, reflété par les « une » outragées des tabloïds londoniens quand le reste de la presse européenne a à peine remarqué l’événement.

La première ministre a joué la dramatisation après Salzburg, empruntant des accents churchilliens pour dire qu’elle ne capitulerait pas. Mais elle n’a guère de choix face à des Européens, qui, c’est assez rare pour être noté, sont restés unis, non pas pour l’« humilier », mais simplement défendre les intérêts de ceux qui ont choisi de rester en Europe.

Elle fait face à la surenchère politicienne d’hommes comme Boris Johnson, le très « trumpien » ex-chef de la diplomatie, ou Jacob Rees-Mogg, thatchérien, pro-Brexit dur.

Si cette véritable « guerre », comme le titre le « Sunday Times » d’hier, ne trouve pas de solution, ce sont les électeurs qui devront trancher, un possible suicide politique pour les Conservateurs qui pourraient céder le pouvoir aux travaillistes de Jeremy Corbin … qui ont leurs propres contradictions sur le Brexit.

Deux ans après le référendum, le pays ne sait toujours pas que faire de la victoire du « oui » au Brexit. 

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