"Une performance effrayante dans un pays qui a 244 années de pratique démocratique"… Ce commentaire d’un intellectuel africain pose la question de l’exemplarité perdue de la démocratique américaine.

Joe Biden et Donald Trump au cours du premier débat télévisé de la campagne électorale, mardi 29 septembre.
Joe Biden et Donald Trump au cours du premier débat télévisé de la campagne électorale, mardi 29 septembre. © AFP / JIM WATSON, SAUL LOEB / AFP

Tout a été dit sur ce que le Washington Post qualifie de "pire débat présidentiel de l’histoire américaine". Mais les Américains sont trop occupés, ou trop horrifiés, pour se demander comment cet instant télévisé a été perçu à l’étranger, où il a été suivi avec un intérêt disproportionné.

J’ai été interpellé par un tweet d’un intellectuel africain, Celestin Monga, qui, dans les années 1980 a fait de la prison dans son pays, le Cameroun, pour avoir réclamé la démocratie, avant de passer quelques temps à Washington, puis de revenir sur le continent comme économiste en chef à la Banque africaine de développement. 

Après avoir regardé le débat comme des millions de non-Américains, Celestin Monga s’est interrogé sur "une performance effrayante dans un pays qui a 244 années de pratique démocratique… Je me demande", ajoutait-il, "ce que peuvent penser et apprendre de l’expérience américaine ceux qui, à travers le monde, se battent encore pour des droits politiques élémentaires".

Sous d’autres latitudes, l’ancien premier ministre suédois Carl Bildt a tweeté dans le même sens, que "le vrai perdant du débat Trump-Biden, c’est l’image de la démocratie américaine dans le reste du monde".

Malgré tous ses défauts, la démocratie américaine a longtemps eu un pouvoir d’attraction certain, elle a fait partie du "soft power", du rayonnement de l’Amérique. Au XIXe siècle, déjà, Alexis de Tocqueville avait raconté dans son livre De la démocratie en Amérique les atouts mais aussi les dangers du système qu’il avait étudié sur place.

Aujourd’hui, on découvre comment les institutions américaines, qui ont finalement bien résisté à quatre ans de Trump, sont soumises à rude épreuve avec les doutes qui montent sur la capacité des États-Unis à vivre des élections transparentes et une transition en douceur.

Il faut avoir entendu une personnalité américaine proche de cette administration confier en privé qu’elle priait pour qu’il y ait un raz-de-marée, pour l’un ou l’autre des candidats, et pas un résultat trop serré. Dans ce cas, pensait-elle, nous allons au-devant de troubles sérieux. A entendre Donald Trump mardi soir, on comprend pourquoi.

Ce que cette campagne électorale troublée nous rappelle, c’est la fragilité de la démocratie, y compris dans les plus anciennes, a fortiori dans celles qui se cherchent encore ; et la nécessité de construire des institutions solides, durables, capables de faire face à de possibles régressions. 

On le voit aussi en Europe, où un bras de fer oppose la Hongrie de Viktor Orban aux institutions européennes autour de la notion-même d’État de droit ; Budapest tient depuis quelques jours le plan de relance européen en otage pour retirer toute conditionnalité démocratique. Pas de surprise à ce que le premier ministre hongrois souhaite la victoire de Donald Trump.

Le risque de régression démocratique est donc possible partout ; même en Amérique. Un cadeau fait aux autocrates de tous poils dans le monde, qui s’en donnent à cœur joie pour discréditer l’idée-même de démocratie au travers de la fin de l’exemplarité américaine.

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