C’est une menace, permanente et omniprésente, la réalité du moment qui dans la seule journée d’hier frappait, simultanément à Moscou, Beersheva et Bagdad - douze Népalais assassinés en plus du drame des journalistes français, nos confrères de Radio France et du Figaro, dont le sort demeure incertain. Le terrorisme est un fait politique majeur de ce début de siècle, le plus important avec la mondialisation économique et l’émergence de la Chine. Il est gros de cet affrontement entre l’Islam et la Chrétienté qu’il faut aujourd’hui prévenir. C’est sur la nécessité de l’anéantir que Georges Bush place désormais tous ses espoirs de réélection mais comment le combattre et, d’abord, le définir ? Le terrorisme islamiste est né en Afghanistan, dans les années 80, lorsque les Etats-Unis ont décidé de jouer de la corde religieuse pour combattre l’invasion soviétique en armant des volontaires venus de tous les pays musulmans. Cette stratégie fut victorieuse. C’est largement grâce à elle que les Soviétiques ont été défaits à Kaboul mais cette victoire, les brigades islamistes se la sont attribuée. Ils en ont conclu que l’unité de l’Islam et sa foi pouvaient abattre une superpuissance, qu’il leur suffisait, désormais, de se tourner contre l’Occident pour redonner au monde musulman une prééminence qu’il eut à sa lointaine apogée et le malheur est que les apparences le leur laissait alors croire. Dans les années 90, une colère grondait dans le monde arabe contre tous les pouvoirs en place, les oligarchies corrompues soutenues par les Occidentaux comme les régimes socialisants, inefficaces et à bout de souffle. L’opinion arabe se tournait vers des partis religieux, fondamentalistes, au sein desquels les réseaux afghans, la première base d’Al Qaëda, jouaient un grand rôle. La dernière décennie fut celle de l’essor de l’islamisme mais faute d’avoir apporté de vraies solutions aux problèmes arabes, à force surtout, de faire couler le sang, les fous de Dieu étaient partout en recul à la fin du siècle. La page allait lentement se tourner sur eux mais le nouvel embrasement israélo-palestinien, le 11 septembre et, bientôt, l’aventure irakienne, leur ont redonné du grain à moudre, un ressentiment et une solidarité arabes, un climat de guerre, qu’ils attisent et sur lesquels ils renaissent. Ils ont, oui, déclaré la guerre à l’Occident, peuvent faire très mal et le font mais est-ce par la guerre que nous devons, nous, leur répondre ? Nous devons, évidemment, les combattre, les frapper, démanteler leurs réseaux mais la guerre ? Une guerre se déclare à un Etat que l’on peut vaincre par les armes, pas à une mouvance internationale de kamikazes illuminés dont la seule vraie force sont la connivence et le prestige dont elle bénéficie dans un monde arabe perdu, en totale crise, économique, morale et politique. Cette longue bataille, pas cette guerre, ne se gagnera qu’en privant les terroristes de leurs soutiens, résolvant les conflits en cours, faisant évoluer les régimes arabes, qu’en isolant les islamistes des peuples arabes et les djihadistes des islamistes, en trouvant des interlocuteurs dans l’Islam et non pas en tombant dans le piège terroriste.

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