Une crise a toujours ses enseignements et la crise géorgienne n’en manque pas. Le premier est que les engagements afghan et irakien des Etats-Unis, leurs difficultés économiques et le niveau d’impopularité mondiale qu’ils ont atteint ont singulièrement diminué leurs capacités d’action internationale. On le savait mais cela s’est désormais vu lorsqu’ils ont attendu, pour hausser le ton, que l’armée russe ait défait la Géorgie et l’Europe, du coup, s’en est affirmée. C’est le deuxième enseignement de cette crise, le plus prometteur. Avec une Amérique aux abonnés absents, l’Union a rempli un vide. Pour la première fois de son histoire, malgré ses problèmes institutionnels, malgré les doutes qui travaillent ses citoyens, elle a pris l’initiative, agi en acteur de la scène internationale et l’a fait aussi bien que possible compte tenu de la victoire militaire que la légèreté du président géorgien avait offerte à la Russie. Mieux encore, l’Union a su montrer, là, une unité jamais vue depuis son élargissement. On aurait pu craindre qu’une nouvelle fracture ne se forme entre ses anciens et ses nouveaux membres mais, malgré l’inquiétude que leur inspire ce réveil de la puissance russe, les pays sortis du bloc soviétique ont fait front avec la France, l’Allemagne et l’ensemble de la « vieille Europe ». Quoi qu’ils en aient pensé, ils se sont immédiatement ralliés au compromis que Nicolas Sarkozy avait négocié avec Moscou en tant que président de l’Union. Ils se rallieront à nouveau, aujourd’hui, au Conseil européen de Bruxelles, à une position plus modérée qu’ils n’auraient souhaité car tous ont compris que seule l’unanimité des 27, et non pas les Etats-Unis, pourrait imposer un rapport de forces au Kremlin. Au-delà de la diversité des mémoires historiques et, donc, des perceptions européennes, la géographie conduit l’Union à ébaucher, à chaud, une diplomatie commune. L’idée qu’il faille négocier un grand compromis continental avec la Russie y progresse, lentement mais sûrement, y compris en Pologne. Y compris en Europe centrale, l’ambition d’intégrer l’Ukraine et la Géorgie à l’Otan commence, parallèlement, d’y reculer car – troisième enseignement de cette crise – la Russie ne se résignera pas plus à ce que l’Otan s’étende à ses frontières que les Etats-Unis n’accepteraient l’entrée du Mexique et du Canada dans une alliance militaire dominée par Moscou. Non seulement ce projet est, pour elle, un casus belli mais elle a tous les moyens de s’y opposer – on vient de le voir – dès lors que l’Amérique n’est heureusement pas prête à entrer en guerre pour l’imposer. Ce qu’il faut aujourd’hui rechercher, c’est un pacte de sécurité commune et de coopération économique entre l’Union européenne et la Fédération de Russie, les deux puissances du continent Europe, et cela passe par une forme de neutralité militaire de l’Ukraine et de la Géorgie. C’est ce message qu’envoie la retenue de l’Union. Il est aussi clair que sensé et c’est désormais à la Russie d’y répondre, de ne pas céder à l’ivresse d’une victoire trop facile pour n’être pas illusoire.

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