Il l’avait promis, il l’a fait, mais maintenant ? Comme Barack Obama s’y était engagé durant sa campagne, les troupes américaines ne participent plus, depuis hier, à aucun combat en Irak et leurs effectifs y ont été plafonnés à 50 000 hommes, cantonnés à des tâches de formation militaire. Pour l’Amérique, c’est la fin de cette guerre mais, pour les Irakiens, elle est loin d’être achevée. Chiite, kurde et sunnite, leurs trois communautés n’ont pas encore su stabiliser leurs relations et s’observent avec la plus grande méfiance car l’intervention américaine n’a fait qu’envenimer leurs contentieux passés. Aux souvenirs de la sanglante oppression des Kurdes et des chiites par la minorité sunnite au pouvoir sous Saddam Hussein, se sont ajoutés l’exclusion des sunnites de tout emploi public après le renversement de l’ancien régime, la totale prise d’autonomie des Kurdes qui ont désormais leur Etat dans l’Etat, des années de vendetta entre chiites et sunnites et d'implication des sunnites dans les réseaux d’al Qaëda. Depuis trois ans, les choses se sont améliorées. Leurs postes ont été rendus aux militaires et fonctionnaires sunnites qui ont en conséquence rompu avec les djihadistes, désormais privés de soutiens et très isolés. Les vendettas ont pratiquement cessé mais la confiance est si peu rétablie que les Kurdes n’ont nullement renoncé à faire bande à part, que le partage de la manne pétrolière reste à garantir et que sunnites et Kurdes se disputent encore la ville et la région de Kirkouk, historiquement kurdes, arabisées sous Saddam et riches en gisements. Résultat, si l’on n’en est plus aux trois mille morts mensuels des années 2006 et 2007, le terrorisme tue toujours quelques 500 personnes par mois qui ont eu pour seul tort de croiser une voiture piégée. L’Irak est tout, sauf un pays en paix. La misère s’y est spectaculairement accrue et, si l’on peut, aujourd’hui, y voter, s’y exprimer librement et lire le journal de son choix, si ces progrès sont bien réels et importants, l’avenir y est totalement incertain. Le désengagement américain va responsabiliser les militaires, les partis et les dirigeants irakiens. C’était une nécessité. C’est le bon côté des choses mais, dans le même temps, les trois communautés sont maintenant face-à-face, sans plus personne pour calmer le jeu, et les pays limitrophes auront les coudées encore plus franches pour aller défendre leurs intérêts à Bagdad. De peur que cela ne réveille le sécessionnisme de ses propres Kurdes, la Turquie fera tout pour empêcher que le Kurdistan irakien ne prenne sont indépendance. De peur qu'un pan-chiisme n’aimante ses régions chiites, l’Arabie saoudite veillera à ce que la majorité chiite irakienne ne se rapproche pas trop de l’Iran chiite et l’Iran, de son côté, pèsera de tout son poids pour sceller une alliance régionale avec ce pays que Georges Bush a si obligeamment ouvert à son influence. Ni perdue ni gagnée, cette guerre n’est pas terminée.

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