C’était l’autre grand sujet de ce discours. Après avoir longuement parlé hier aux ambassadeurs français réunis à Paris du sens, des conséquences et du succès de l’opération libyenne, Nicolas Sarkozy a analysé devant eux l’état de l’Europe.

Contre la spéculation et l’irrationalité des marchés qui « ont perdu la boussole », « nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour défendre la zone euro » car en défendant la monnaie unique, « c’est notre prospérité et le pouvoir d’achat des Français que nous défendons » leur a-t-il avant de vigoureusement dénoncer ce qu’il a appelé « les insuffisances de notre union économique et monétaire ». « Il est clair, a déclaré le président de la République, que la monnaie unique doit s’accompagner d’une intégration plus poussée de nos économies et d’une architecture institutionnelle cohérente qui nous permette de prendre efficacement les décision nécessaires ».

Aux yeux de Nicolas Sarkozy, l’Union européenne doit autrement dit enclencher une autre vitesse, asseoir sa monnaie sur une harmonisation de ses politiques et s’en donner les moyens. Non seulement il a raison, non seulement cela tombe sous le sens, non seulement la gauche et le centre ne disent rien d’autre mais il a eu tout aussi raison de souligner que « des progrès ont été réalisés dans cette direction ». Ils sont beaucoup trop lents mais le fait est que, poussés par le krach de 2008 et la crise de la dette publique, les gouvernements européens se sont enfin résolus à coordonner leurs politiques macro-économiques et à créer un Fonds monétaire européen et que l’Allemagne et la France sont en passe d’imposer un gouvernement économique de la zone euro composé par ses chefs d’Etat et de gouvernement.

Entre écueils et vents contraires, dans l’incertitude et la confusion, l’Europe marche dans la bonne direction mais ces avancées posent maintenant un problème devenu incontournable, urgent et dont Nicolas Sarkozy n’a pas dit mot : celui de la démocratie, la plus grande des faiblesses européennes.

Dès lors que les dirigeants européens vont de plus en plus décider de politiques économiques communes qui s’imposeront à tous les Etats membres, les citoyens européens n’auront plus aucun moyen de peser sur des décisions qui les concernent pourtant tous dans leur vie quotidienne. Ces décisions ne seront en rien le fruit d’une volonté populaire, elles ne procéderont pas d’un choix fait par une majorité d’électeurs à l’issue d’une compétition démocratique entre programmes et partis mais seront prises à l’issue de négociations à huis-clos entre des gouvernements certes élus mais condamnés à trouver entre eux des compromis obscurs et rendant vaine l’expression du suffrage universel.

De même que la monnaie unique appelle des politiques communes, ces politiques communes appellent une démocratie paneuropéenne, c’est-à-dire la mise en place d’un gouvernement européen procédant du suffrage paneuropéen car il est seul à même de décider du contenu des politiques paneuropéennes. Cela ne se fera pas en un jour mais, tant que cela ne sera pas fait, tant qu’il n’y aura pas de démocratie européenne, le divorce grandira entre l’Europe et les Européens.

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