Ouvrez un atlas ou appelez, sur votre écran, une carte de la mer noire. Au nord-est de la Crimée, péninsule ukrainienne annexée en mars dernier par la Fédération de Russie, vous y verrez la mer d’Azov qui s’ouvre elle-même sur la mer noire puis le détroit du Bosphore, porte des mers chaudes. Face à sa rive russe, la rive ukrainienne de la mer d’Azov établit une continuité territoriale entre la Crimée désormais russe et ces régions de l’Ukraine orientale où la guerre fait plus que jamais rage entre l’armée ukrainienne et les séparatistes pro-russes, directement épaulés par des troupes, des chars et des batteries anti-aériennes venus de Russie. C’est là, autour du grand port de Marioupol, que parait se préparer la prochaine bataille de cette guerre et, carte sous les yeux, on voit ainsi à quel point les opérations militaires ordonnées par Vladimir Poutine correspondent à ses déclarations politiques du week-end.Pour la première fois, le président russe a parlé hier d’une nécessité de négocier un « statut étatique » pour le sud-est de l’Ukraine », autrement dit d’ériger ces régions en Etat indépendant. Deux jours plus tôt, il avait chaleureusement salué les succès des sécessionnistes en les qualifiant « d’insurgés de la Novarossia », de la nouvelle Russie. Non seulement Vladimir Poutine dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit mais l’annonce de la prochaine création de ce protectorat est intervenue au moment même où le Conseil européen, les 28 dirigeants de l’Union, menaçait de prendre, sous huit jours, de nouvelles sanctions économiques contre la Russie si elle ne mettait pas terme à ses incursion en Ukraine. « Même pas peur », leur a ainsi répondu Vladimir Poutine qui crée le fait accompli et ne négociera qu’en positon de force, le jour venu, lorsqu’il aura mis la main sur la plus grande partie possible de l’Ukraine. Vladimir Poutine joue serré. Il fait deux pas en avant, un en arrière puis, à nouveau, deux en avant. Il prend des risques, bien sûr, mais sait qu’ils sont uniquement économiques car il ne se passe pas de jour sans que les Etats-Unis et l’Europe ne répètent à l’envi qu’il n’est pas question pour eux de répondre aux armes par les armes mais tout au plus – et encore, c’est loin d’être acquis – d’armer les troupes ukrainiennes dont l’équipement ne fait vraiment pas le poids face à la Russie. Cela vaut mieux, dira-t-on, qu’une troisième guerre mondiale. Dit comme cela, ce n’est pas discutable mais, outre qu’un peu de fermeté n’annoncerait pas forcément l’apocalypse, le fait est que la détermination de Vladimir Poutine est en train d’enterrer, en Europe qui plus est, deux des plus grands principes sur lesquels les relations internationales étaient fondée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale – l’absolue prohibition des annexions territoriales et l’intangibilité des frontières. C’est la fin d’une époque. Politique de puissance et faits accomplis, c'est début d’une nouvelle ère aux parfums d’antan.

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