Où l'on voit que la page qui se tourne au Proche-Orient n'y annonce nullement la paix.

Ils ont perdu Mossoul, leur bastion irakien. Ils ont virtuellement perdu Raqqa, leur bastion syrien. Ils ont maintenant perdu Tal Afar, entre Mossoul et la frontière syrienne. Les forces de Daesh perdent partout pied et en arrivent même à négocier la possibilité de se retirer sans combattre. Sans doute commettra-t-il d’autres attentats, mais ce mouvement est défait et l’après-Daesh s’ouvre maintenant au Proche-Orient.

Pour des centaines de milliers de personnes cela signifie la fin d’un enfer quotidien mais cette région, non, n’en retrouvera pas la paix. D’autres combats s’annoncent au contraire, pour deux raisons.

La première est qu’armés et financés par les Américains, les Kurdes ont joué et continuent de jouer un rôle essentiel dans la défaite de ces plus illuminés des islamistes. Hommes et femmes, au sol, c’était eux mais s’ils se sont tant et si courageusement engagés, c’est qu’ils espèrent en tirer profit.

En Irak comme en Syrie, les Kurdes prennent le contrôle des villes et des régions qu’ils ont libérées et comptent s’appuyer sur elles pour instaurer le rapport de forces qui leur permettrait, dans ces deux pays, de proclamer l’indépendance de Kurdistan pouvant se fondre un jour en un seul et même Etat.

Cette occasion, les Kurdes l’attendent depuis bientôt un siècle, depuis que les vainqueurs de la Première guerre mondiale leur ont finalement refusé l’Etat unitaire auquel ils leur avaient laissé croire. Les Kurdes n’ont jamais renoncé à ce rêve perdu pour lequel ils n’ont jamais cessé de combattre mais ni la Turquie, ni l’Irak, ni l’Iran, ni la Syrie, aucun des pays entre lesquels les Kurdes sont dispersés ne veut en entendre parler car cela signifierait pour eux tous des amputations territoriales auquel aucun n’est prêt.

Contre l’irrédentisme kurde, il y a des convergences de fait entre les Etats du Proche-Orient et cela signifie qu’ils feront tout, dans des efforts parallèles, pour empêcher toute proclamation d’indépendance kurde.

De terribles combats s’annoncent et la seconde raison pour laquelle la défaite de Daesh n’est pas synonyme de paix tient au nom qui se cache derrière ce sigle. En arabe, Daesh est l’abréviation d’« Etat islamique en Irak et au Levant » car beaucoup des sunnites d’Irak et de Syrie en étaient venus à rêver d’un Etat commun à cheval sur des frontières artificielles qui s’écoulent aujourd’hui.

Ils avaient fini par y aspirer puisque, minoritaires en Irak, ils y étaient dominés par les chiites depuis la chute de Saddam Hussein et, majoritaires en Syrie, ils y sont pourtant sous la coupe du clan Assad, famille issue de la minorité alaouite qui est une branche du chiisme. Bien au-delà de son invraisemblable barbarie, Daesh exprimait l’ambition, logique, voire légitime, d’un Etat sunnite unitaire dont le besoin ne va pas disparaître. Une page se tourne mais le Proche-Orient demeure un baril de poudre.

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