Un premier vol direct entre Tel Aviv et Abu Dhabi a eu lieu hier, prélude à la normalisation des relations entre les deux pays. Une nouvelle donne géopolitique dans la région, mais pas pour autant plus de chances à la paix.

Un officiel des Émirats arabes unis lors de l’arrivée à Abu Dhabi, hier, du vol d’El Al en provenance de Tel Aviv, une première historique !
Un officiel des Émirats arabes unis lors de l’arrivée à Abu Dhabi, hier, du vol d’El Al en provenance de Tel Aviv, une première historique ! © AFP / Karim SAHIB / AFP

Tel Aviv – Abou Dhabi direct, en survolant de surcroit l’Arabie saoudite : le vol de la compagnie israélienne El Al, hier, a écrit une page d’histoire. Il ne s’agit pas encore d’une ligne régulière, mais d’un vol spécial, avec à son bord des délégations israélienne et américaine à l’invitation des Émirats arabes unis. 

L’objet de la rencontre : la normalisation des relations entre l’État hébreu et un pays arabe certes éloigné de ce qu’on appelait autrefois la « ligne de front », mais tout de même une puissance économique et politique de poids dans la région. L’annonce de ce rapprochement le mois dernier avait été un coup de théâtre, même si les contacts discrets étaient fréquents entre Israël et les monarchies du Golfe. 

Mais il y a plusieurs manières de « lire » cet accord, qui marque assurément un changement de paradigme régional, mais pas pour autant un progrès pour la paix au Moyen Orient.

La première est géopolitique, avec un redécoupage radical des lignes de fractures dans cette région. Elle était autrefois entre Israël et ses voisins arabes. Mais l’échec de la paix d’Oslo avec les Palestiniens a stoppé tout progrès.

Il en va autrement aujourd’hui. Ce sont les nouvelles menaces qui rapprochent les ennemis d’hier. Celle de l’Iran, ciment commun des monarchies sunnites du Golfe, d’Israël, et de l’administration Trump. Mais aussi la Turquie et le Qatar, que les Émirats combattent déjà sur le territoire libyen, et auquel un bloc israélo-arabe s’oppose en Méditerranée sur le pétrole et le gaz.

La seconde manière de voir cet accord est évidemment le prisme palestinien, les grands perdants de la nouvelle donne régionale. Dans la réalité, le poids politique des Palestiniens dans le monde arabe s’est effondré, sans doute pas dans les opinions publiques, mais au sein des régimes. Il n’est pas difficile de voir qu’Israël fait la paix avec ses ennemis lointains, pour ne pas la faire avec ses voisins immédiats.

Le rôle des États-Unis est capital dans cette affaire, car Donald Trump a un besoin vital de succès avant l’élection de novembre. D’où la présence dans l’avion d’El Al hier, de Jared Kushner, le gendre du Président américain, la cheville ouvrière de cette campagne diplomatique, qui espère récidiver dans un ou deux autres pays arabes dans les prochaines semaines.

Ces accords ont donc d’un côté un goût de moment historique, avec l’acceptation du fait israélien dans une partie du monde arabe, transgressant un tabou ancien ; mais de l’autre le calcul froid d’hommes politiques pleins d’arrières pensées, Netanyahu, Trump ou MBZ, Mohammed Ben Zayed, l’homme fort des Émirats arabes unis.

On est loin de l’intense émotion d’un Sadate à Jérusalem en 1977, ou de la poignée de mains Rabin-Arafat à la Maison Blanche en 1993. Mais l’époque et les enjeux ont changé, le nouveau réalisme moyen-oriental est en train de prendre forme.

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