Il semble que Français et Italiens sont parvenus à se mettre d'accord sur le dossier STX. Quels sont les déséquilibres économiques entre les deux pays ?

Dans le dossier de la reprise des chantiers navals de Saint-Nazaire, l'Italie a tenté le coup de poker
Dans le dossier de la reprise des chantiers navals de Saint-Nazaire, l'Italie a tenté le coup de poker © AFP / Caroline PAUX / Citizenside

Disons plutôt que chacun des partenaires a décidé de faire baisser la tension et de se donner le temps de négocier. Mais sur le fond, les positions semblent pour le moment inconciliables : les Italiens veulent la majorité, les Français 50/50 !

Reste tout de même pas mal d'amertume côté italien. D'une part, parce qu'ils ont l'impression que Paris ne les prend pas au sérieux. Prenez la Libye par exemple : l'Italie, qui est l'ancienne puissance coloniale, s'y est investie corps et âme depuis des années.

Elle y a de très gros intérêts, notamment par le biais d'ENI, son entreprise pétrolière et gazière. Inutile donc de préciser que le sommet libyen surprise de Paris du 25 juillet dernier est très mal passé.

Non seulement Rome a été maintenue à distance, mais en plus Emmanuel Macron a pris l'initiative de faire se rencontrer les deux frères ennemis libyens, à savoir le Premier ministre El Serraj et le général Haftar, ruinant des mois de travail italien.

Il y a aussi un gros déséquilibre économique entre les deux pays...

Effectivement : les Italiens ont l'impression – assez largement justifiée – que depuis une dizaine d'années, profitant de la crise, les grands groupes français ont librement fait leurs emplettes côté italien.

C'est vrai que c'est impressionnant : beaucoup de grandes marques italiennes de luxe appartiennent désormais à des Français : Bulgari, Fendi, Gucci, Bottega Veneta ou encore les cachemires Loro Piana.

Dans l’agroalimentaire, Lactalis a racheté son concurrent Parmalat. EDF contrôle Edison, BNP Paribas à fait main basse sur la BNL et Amundi sur Pioneer. Quant à Vincent Bolloré, il truste les participations dans les médias, la banque, l’assurance et les telecoms.

Résultat : en 10 ans les investissements français se sont élevés à 56 milliards d'euros, les Italiens, eux, n'ont investi chez nous que 7 petits milliards, une broutille !

On comprend qu'ils soient fâchés en effet...

Vu comme cela, effectivement, l'affaire est dans le sac : les Italiens sont les victimes et les Français, si colbertistes, c'est-à-dire si protectionnistes, les méchants de l'affaire. Et on a pu entendre et lire un peu partout la même complainte : pauvre, pauvre Italie !

D’abord, je voulais faire remarquer que plaindre l'Italie c'est, au fond, une façon détournée, sympathique certes, mais détournée tout de même, de ne toujours pas la prendre au sérieux. Les Italiens n'ont pas besoin de notre apitoiement et pour une excellente raison :

L'Italie est, derrière l'Allemagne, la 2ème puissance industrielle d'Europe. Eh oui, devant la France et depuis un bon bout de temps en plus ! Autrement dit, plutôt que d'imaginer les Italiens en victimes, ce qu'ils ne sont pas, voyez-les plutôt en négociateurs madrés.

Sur le dossier Saint Nazaire, ils ont tout bêtement joué la montre : entre un président partant avec lequel un accord avait été conclu et un nouvel arrivant qui avait, pensaient-ils, d'autres chats à fouetter : ils ont tenté de jouer les dates buttoir.

Et ils ont perdu. Ils ont trouvé plus retors qu'eux. Voilà comment les Italiens ont joué leurs cartes, en fin joueurs de poker, et comment nous les avons contrés, en obtenant la seule chose dont ils ne voulaient surtout pas : à savoir des semaines de négociations.

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