Le président américain a donc décidé de taxer pour 300 milliards de dollars d'importations chinoises. En fait, c'est désormais l'ensemble des produits importés de Chine qui sont surtaxés. L'explication tient à la campagne électorale américaine mais aussi à la modification profonde des rapports internationaux.

Le Président des Etats-Unis, Donald Trump, a décidé d'augmenter les taxes sur es importations chinoises
Le Président des Etats-Unis, Donald Trump, a décidé d'augmenter les taxes sur es importations chinoises © AFP / Saul Loeb

Donald Trump a donc décidé d'imposer un peu plus les importations chinoises. Autant dire qu'il a décidé de taxer l'ensemble des importations américaines venues de Chine. Tout, des baskets aux livres scolaires en passant par les smartphones coûtera désormais entre 10 et 25% plus cher pour le consommateur américain.

Pour justifier ce coup de théâtre, Donald Trump explique que les Chinois avaient promis d'importer plus de produits agricoles américains – ce qu'ils n'ont pas fait ou pas assez – et qu'ils ne cessent de renégocier au dernier moment ce qui était déjà acquis.

Aussitôt ces « poules mouillées » de Wall Street ont fait plonger les indices boursiers pour le 5e jour consécutifs. Je parle de ces boursicoteurs avec ironie parce qu'ils la méritent : il n'y rien plus cauteleux qu'un sac d'argent en transit, surtout aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis se comportent d'une façon imprévisible

D'abord, Donald Trump est en campagne électorale et il s'est juré de ne pas accorder le moindre répit aux démocrates. Du coup, il tente d'étouffe leurs débats et prestations télévisées sous un déluge de décisions médiatiques pour les rendre inaudibles.

En plus, taper sur la Chine semble profitable pour sa côte de popularité qui flirte avec les 40 à 45%, ce qui n'est pas si mal pour un président si clivant, un an avant la fin de son premier mandat. Voilà pour la stratégie.

Passons à la tactique : les Chinois négocient... à la chinoise, c'est-à-dire en prenant son temps, en finassant, voire revenant au dernier moment sur des points déjà négocié. Enfin, un contrat en Chine est plus une déclaration d'intention qu'une règle d'airain.

L'agacement des Etats-Unis face à la montée en puissance chinoise

Oui, parce que cette façon d'envisager les rapports internationaux est nouvelle. Jusqu'à présent, les Etats-Unis – et l'Occident en général – avaient les moyens – notamment militaires - d'imposer leur vision contraignante voire punitive des contrats et des traités.

Les Chinois – qui ont la mémoire longue – ont en tête les fameux « traités inégaux », signés par l'Empire du milieu au XIXe siècle avec la Grande-Bretagne et la France, mais aussi les Etats-Unis, sous la menace des canonnières. C'est le temps de l'humiliation.

Aujourd'hui, il y a trois grands espaces commerciaux d'égale importance : les Etats-Unis, l'Europe et la Chine et bientôt un 4e, l'Inde. C'est la réalité. Orles Chinois ne se feront plus jamais humilier. Donc, ils ont les moyens d'imposer leur tempo. C'est un minimum.

Le traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaires désormais caduque

Un traité de 1987 duquel Donald Trump s'est retiré il y a six mois et qui, effectivement, est désormais à jeter à la poubelle. Et encore une fois, c'est moins l'Europe que la Chine qui préoccupe les Etats-Unis. Je m'explique :

Ce traité éliminait une classe entière de missiles nucléaires : celle dont la portée était de 500 à 5 500 kilomètres. Autrement dit, pile la distance qu'il faut – vues les positions dans le Pacifique des Etats-Unis pour frapper les Chinois, mais aussi les Nord-Coréens.

Autrement dit, les Etats-Unis ont sciemment sacrifié la sécurité de l'Europe – qui en 1987 et aujourd'hui encore était la seule vraiment menacée par ces missiles intermédiaires – au profit d'une réorientation tout azimut des cibles « au profit » de la Chine.

C'est cela qu'il faut retenir : les Etats-Unis de Donald Trump sont en train d'abandonner en catimini l'Europe à son propre sort militaire et nucléaire – seule ou presque face à la Russie – pour mieux se concentrer sur leur nouvel ennemi chinois. Ça change tout !

L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.