La politique irakienne des Etats-Unis n’en sera bien sûr pas changée. Ces atrocités de Falloujah n’obligent en rien la Maison-Blanche à envisager un rappel des troupes américaines d’Irak mais elles n’aident en revanche pas, c’est le moins qu’on puisse dire, le candidat Bush à plaider le succès, pas même les progrès, de cette intervention. Il est 10 h du matin, mercredi, quand trois véhicules 4x4, escortant un camion de ravitaillement pour une base américaine, pénètrent dans Falloujah, bastion de l’opposition sunnite à la présence des Etats-Unis. A leur bord, des employés d’une de ces innombrables sociétés de sécurité privées occidentales, américaine en l’occurrence, qui louent à prix d’or - comment dire ? – des mercenaires en Irak. L’Agence France Presse a reconstitué, hier, la suite des événements. Les 4x4 sont aussitôt repérés par un groupe de combattants aux visages cachés par des keffiehs. Très vite, ces hommes tirent. L’un des véhicules réussit à forcer le passage. L’autre prend feu, emprisonnant dans les flammes deux de ses passagers qui sont brûlés vif. Dans le troisième véhicule, un passager est tué sur le coup. Un second en descend. Des balles l’atteignent. Il tombe à terre et des ouvriers présents sur les lieux, non pas des combattants mais, en quelque sorte, des passants, l’achèvent à coups de pelle. C’est alors que se déchaîne une furie macabre, une orgie de haine dans laquelle un groupe de jeunes gens, auquel des enfants se mêlent, se jettent sur les corps, les démembrent, les coupent en morceaux, exhibent triomphalement un pied, une main, une jambe, accrochent ce qui reste des cadavres aux filins d’un pont suspendu sur lequel les voitures continuent à circuler. La scène dure, donne lieu à de nouvelles mises en scène, encore plus répugnantes, et dans les danses de joie, on entend scander : « Falloujah sera leur cimetière ! », « Nous les tuerons tous ! », « Mort à l’Amérique ! Mort à l’occupant ! Mort aux collaborateurs ! ». Les policiers irakiens n’interviennent pas, s’éloignent même et, dans les l’après-midi, ces restes humains seront décrochés, promenés dans la ville et des morceaux jetés aux chiens. Après une longue d’hésitation, les télévisons américaines ont fini par diffuser des images de cela. Elles n’incitent évidemment personne à dire, ni aux Etats-Unis ni ailleurs, qu’il faudrait rappeler les forces étrangères. On frémit, au contraire, à l’idée de ce qui pourrait se passer ce jour-là mais, aux Etats-Unis comme ailleurs, la question de savoir s’il fallait vraiment y aller ne peut que monter depuis Falloujah. C’était les sunnites dira-t-on, ceux qui ont le plus perdu à la chute de Sadddam, une minorité. Oui, c’est vrai mais l’hostilité des chiites n’est pas moindre et ce n’était pas que des terroristes. La rue approuvait, ne désapprouvait en tout cas pas. A ce jour, personne ne sait dans quelles conditions, comment et à qui les Américains remettront, le 30 juin, la souveraineté irakienne aux Irakiens et en attendant, une foire commerciale internationale vient d’être annulée à Bagdad.

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