Pour ce qui est de l’Afghanistan, la cause est entendue. Devant une opposition vent debout, François Fillon a confirmé, hier, à l’Assemblée nationale l’envoi de renforts français que Nicolas Sarkozy avait déjà annoncé, mercredi dernier, devant le Parlement britannique. On peut le déplorer en considérant que cette guerre est déjà perdue et que cette décision ne fera que mettre en danger des vies pour rien. On peut s’en féliciter en faisant valoir, au contraire, qu’il était inconcevable de ne pas réagir alors que les Taliban pourraient revenir au pouvoir à Kaboul et redonner une base territoriale à al Qaëda. On peut, surtout, déplorer une occasion perdue en regrettant que la France n’ait pas conditionné l’envoi de ces renforts à une véritable définition de l’objectif politique de cette guerre mais les dés sont jetés. Pour les mois à venir en tout cas, la question afghane a été tranchée et ce sont donc deux autres questions, pas moins importantes, qui domineront le sommet de l’Otan dont les travaux s’ouvrent à Bucarest, ce matin, pour y durer jusqu’à demain soir. La première est celle de l’élargissement de l’organisation militaire de l’Alliance atlantique aux deux anciennes Républiques soviétiques que sont l’Ukraine et la Géorgie. Les Etats-Unis y sont favorables. Les anciens pays communistes aujourd’hui membres de l’Otan et de l’Union européenne le sont également mais la France – François Fillon l’a confirmé, hier, à ce micro – ne l’est pas et l’Allemagne ne l’est pas non plus. L’unanimité étant de règle, l’Ukraine et la Géorgie devraient rester dans l’antichambre. Les uns s’indigneront qu’on cède ainsi aux pressions russes. Les autres feront valoir qu’il serait absurde de s’aliéner la Russie alors qu’elle offre son aide en Afghanistan, qu’on a besoin d’elle vis-à-vis de l’Iran et qu’elle est indispensable à une stabilisation économique et politique du contient européen mais, là encore, la France parait rater une possibilité de s’affirmer. Autant il est sage de rechercher un compromis global avec la Russie autant il y aurait une lâcheté à refuser l’entrée de l’Otan à l’Ukraine et la Géorgie sans que le Kremlin n’ait accepté de respecter leur pleine souveraineté dans le cadre d’un accord continental à la conclusion duquel l’Otan devrait conditionner sa décision. La France était en position de le dire et de jouer les poissons-pilotes. Elle reste au milieu du gué et on le comprend mal. Quant à l’autre débat de ce sommet, il portera sur la proposition de la France – encore elle – de reprendre place au sein du commandement intégré de l’Otan en échange d’une levée du veto américain à la constitution d’une Défense européenne. L’idée pourrait être prometteuse car qui dit Europe de la Défense dit dynamique d’Europe politique mais, là encore, l’Elysée reste si vague, si flou, si peu exigeant sur ce que devrait être cette Défense commune de l’Europe, on en reste tant aux mots que la France risque de brûler une carte de taille pour de bien faux semblants auxquels Georges Bush est tout prêt à consentir. On va voir mais, autrefois batailleuse, volontariste, gaulliste, la diplomatie française paraît désormais plus pâlotte, plus confuse, plus incertaine.

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