Dans un sommet comme ce G-20, il y a le travail préparatoire et le réunion elle-même. Ce matin, quand les chefs d’Etat et de gouvernement entameront leur réunion, ils auront devant eux un projet de conclusions âprement négocié depuis des semaines par leurs « sherpas », leurs conseillers chargés du dossier. C’est la base, les points d’accord, et c’est à partir de ce texte que commence l’ultime marchandage sur les désaccords qui ne peuvent être tranchés qu’au plus haut niveau et, donnant-donnant. On ne saura donc pas avant ce soir ce que seront les résultats de ce sommet de Londres mais six remarques s’imposent déjà. La première est que les Etats-Unis ont autant raison que la France et l’Allemagne dans l’établissement de leurs priorités. Barack Obama n’a pas tort d’appeler Angela Merkel et Nicolas Sarkozy à un effort de relance supplémentaire parce que la récession risque d’être, cette année, plus forte en Europe qu’en Amérique et que ce décalage pourrait bien compromettre la reprise espérée pour l’année prochaine. Les dirigeants français et allemand ont, eux, raison de dire que si de vraies réformes de fonctionnement des marchés ne sont pas immédiatement prises non seulement elles ne le seront jamais, mais la confiance tardera à revenir et la crise s’en approfondira. Le premier veut agir, et le fait, en évitant de se créer des problèmes avec Wall Street. Les seconds se heurtent à l’absence d’instance de décision économique européenne et restent, aussi, plus attachés aux préoccupations de rigueur budgétaire à la fois parce qu’ils sont, paradoxalement, moins keynésiens que ne le sont, aujourd’hui, les Américains et parce qu’ils sont liés par les critères de stabilité de la monnaie unique. Deuxième remarque, tant qu’à insister sur les réformes structurelles, Français et Allemands auraient sans doute dû prendre, aussi, la tête d’un mouvement de vrais changements au Fond monétaire international – non pas seulement l’augmentation de ses moyens mais celle, également, du poids des pays émergents en son sein afin de leur donner plus de responsabilités, et de devoirs, dans le fonctionnement de l’économie mondiale. Troisième remarque, il règne un énorme non-dit sur ce sommet qui est celui du rôle de monnaie de référence que tient toujours le dollar. Cette situation ne sera plus longtemps tenable à l’heure de l’euro et de la Chine qui, signe des temps, a pris date en souhaitant, comme la Russie, la création d’un panier de devises référence. Quatrième remarque, en faisant front commun, à Londres, la France et l’Allemagne signalent la énième renaissance de leur couple, redevenu totalement indispensable à l’Europe en raison du nuage tchèque sur le traité institutionnel, du très possible retour au pouvoir des conservateurs britanniques et des graves difficultés économiques de l’Europe centrale. Cinquième remarque, les pays émergents siègent désormais au directoire de l’économie mondiale où le vieil argent ne peut plus se passer d’eux et, enfin, Londres a déjà été l’occasion de la concrétisation du réchauffement entre la Russie et l’Amérique qui, sur le front diplomatique non plus, ne peut plus agir seule.

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