Il n’y a pas que cette cascade de révélations. L’Eglise catholique est aujourd’hui ébranlée par ces affaires de pédophilie mais, bien au-delà de ces scandales, l’Eglise est confrontée aux difficultés, et à la nécessité, d’un renouveau qu’elle se cherche depuis un demi-siècle. Ancrée dans l’Europe, projetée dans le monde par la projection de l’Europe, essentiellement européenne bien que son nom signifie « universelle » en grec, l’Eglise catholique a du faire face, après guerre, au grand bouleversement géopolitique du dernier siècle. Pour la première fois depuis la Renaissance, le monde n’était plus dominé par l’Europe mais par une nouvelle puissance, les Etats-Unis, façonnée par le protestantisme et avec laquelle elle n’avait, donc, pas de connivence, ni politique ni culturelle. Non seulement l’Eglise devait s’adapter à un monde dont les rapports de force n’étaient plus ceux dont elle avait naturellement bénéficié jusqu’alors mais elle devait, également, relever les défis de la montée de l’athéisme, des débuts de la libération de la femme, d’une contestation de plus en plus large de sa morale, d’une modernité, en un mot, à laquelle elle n’était pas prête. Sa réponse à la profondeur et la multiplicité de ces changements fut Vatican II, le Concile de l’aggiornamento, de la mise à jour, durant lequel des évêques et des cardinaux ont débordé la Curie romaine pour imposer l’abandon de la messe en latin, de ce symbole de la toute puissance du clergé, le dialogue avec les autres branches du christianisme et la volonté de réconciliation avec le judaïsme. Menacée par les temps modernes, l’Eglise s’y ouvrait, voulait conquérir un respect que le déclin de son autorité ne lui assurait plus automatiquement mais une telle révolution ne se digère pas en jour. Une fois adaptée au monde, l’Eglise devait s’adapter à son propre changement et cette tâche revint à un Pape venu de Pologne, pays vivant sous le communisme après avoir été crucifié par le nazisme. Jeune et habitué au combat, Jean-Paul II aura laissé deux legs à l’Eglise. Sous son pontificat, l’un des trois plus longs de l’histoire il y avait eu la réaffirmation de l’autorité du Vatican et d’une intransigeance morale, une reprise en main identitaire et centralisatrice aussi fermement menée que son autre bataille, la renaissance d’une Eglise combattante et présente parmi les hommes. Comme le Christ avait marché et parlé pour semer la bonne parole, Jean-Paul II fut un Pape voyageur, sillonnant les cinq continents pour interpeller les pouvoirs temporels, communiste et capitaliste, témoigner auprès des plus pauvres, tendre la main à tous, demander le pardon de ceux que l’Eglise avait blessés et appeler à la Justice. Avec lui, l’Eglise avait retrouvé une force et une popularité, un message et un rôle mais, à la mort de ce très grand Pape, elle a choisi le repli. En élisant Benoît XVI, elle a choisi de mettre à sa tête l’homme qui n’incarnait que le premier des legs de Jean-Paul II, la reprise en main, et de remettre le témoignage à plus tard. Comme fatiguée de l’audace, c’est l’institution que l’Eglise a choisie, celle dont les faiblesses lui reviennent en boomerang.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.