Elle a donc gagné, après quinze années de prison et d’assignation à résidence. Prix Nobel de la paix, mondialement admirée pour la constance avec laquelle elle a opposé la non-violence à la brutalité des militaire régnant sur la Birmanie depuis un demi-siècle, Aung San Suu Kyi est depuis hier députée d’une circonscription rurale du sud de Rangoon, la plus grande ville et ex-capitale de son pays.

Fidèle à elle-même, elle a aussitôt appelé ses innombrables partisans, toute la Birmanie ou presque, à faire preuve de retenue mais quelles leçons peut-on tirer de cette victoire et quelles perspectives ouvre-t-elle ?

La première conclusion de cette élection est que les sanctions économiques, contrairement à une idée reçue, ça marche. Elles n’ont pas d’effet immédiat. Il faut du temps, beaucoup de temps en l’occurrence, pour qu’elles amènent une dictature à s’assouplir et ouvrir ainsi la voie à des évolutions démocratiques, mais les généraux birmans, depuis longtemps mis au ban du monde, ont bien dû finir par comprendre que, coupés de l’économie mondiale et dans la main de la Chine qui était à peu près seule à commercer avec eux, ils courraient à leur perte et devaient donner des gages de changement avant que la faillite de l’économie n’entraîne la leur. C’est pour cela que, depuis deux ans, ils ont allégé la censure, libéré des prisonniers politiques et tout fait pour qu’Aung San Suu Kyi et son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, la LND, acceptent de réintégrer la vie politique dont ils étaient jusqu’alors exclus et se présentent aux élections partielles d’hier.

La seconde conclusion de ce scrutin est que la démocratie continue de marquer des points dans le monde. Elle a considérablement progressé dans l’ancien bloc soviétique, malgré la pérennité de Vladimir Poutine et des potentats qui ont remplacé les dirigeants communistes en Asie centrale. Elle a balayé les dictatures militaires qui dominaient l’Amérique latine jusqu’à la fin des années 80. Elle ébranle aujourd’hui le monde arabe et creuse son sillon sur le continent africain. La démocratie reste inexistante ou de pure façade dans beaucoup de pays dont la Chine mais, en un quart de siècle, elle s’est étendue à un rythme sans précédant parce que la fin de la Guerre froide a libéré la liberté et que les nouveaux moyens de communication favorisent sa contagion.

La Birmanie en est un nouveau signe que le président syrien devrait méditer mais cette victoire d’Aung San Suu Kyi vient aussi rappeler la difficulté des transitions démocratiques. Bien seuls dans un Parlement totalement dominé par les militaires et leurs hommes, la dame de Rangoon et les autres élus de la LND devront maintenant prouver qu’ils peuvent faire évoluer les choses sans violence alors que les généraux n’ont concédé qu’une liberté partielle et surveillée. Ils devront entretenir l’espoir et maintenir la pression pour que les progrès sociaux accompagnent les progrès politiques et devront, surtout, contribuer à canaliser la révolte armée des minorités ethniques, un tiers de la population, que rien n’a intégrées à un pays qu’elles ne peuvent pas regarder comme le leur. C’est le moment le plus difficile d’une vie de combats qu’Aung San Suu Kyi aborde aujourd’hui.

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