C’est une situation complexe et dans laquelle vont se jouer beaucoup de choses. La France aura tout à l’heure un nouveau gouvernement voulant s’affranchir des plafonds d’endettement et de déficit budgétaire fixés d’un commun accord par les pays de l’Union européenne, dont la France elle-même.

Sauf à risquer des sanctions, la France aura besoin pour cela d’un feu vert de ses partenaires. La France doit donc négocier avec eux pour que ces sanctions ne lui soient pas appliquées et elle aura à le faire alors que s’ouvre la campagne pour les élections européennes du 25 mai qui va voir s’affronter la droite et la gauche européennes autour du maintien ou de l’assouplissement de ces plafonds.

C’est ainsi deux batailles qui vont se mêler entre, d’une part, les conservateurs et les sociaux-démocrates européens et, de l’autre, des gouvernements européens défendant leurs choix nationaux. Dans ces batailles mêlées, la France devra à la fois se ménager beaucoup de pays conservateurs, l’Allemagne au premier chef, et tout faire pour que les élections européennes donnent la victoire au Parti socialiste européen et ses alliés afin que le futur Parlement puisse soutenir la volonté française d’accompagner les mesures de rétablissement des comptes publics de mesures de relance aussi bien nationales qu’européennes.

Les électeurs auront du mal à s’y retrouver. La confusion risque d’être grande mais tout cela est en fait beaucoup plus simple qu’il n’y paraît.

Dans l’actuel fonctionnement de l’Union, ce sont les Etats qui ont pris la main. Pour l’essentiel, pour les grandes lignes de la politique européenne, ce sont les 28 dirigeants des 28 pays membres qui décident de tout au sein du Conseil européen – le « sommet européen », dit-on – qui s’est imposé comme la seule véritable instance dirigeante de l’Europe unie.

Elus dans leurs pays respectifs, ces 28 chefs d’Etat et de gouvernement n’ont bien sûr pas tous la même couleur politique. Tantôt à gauche, tantôt à droite et, aujourd’hui clairement à droite, la majorité du Conseil européen varie au gré des élections nationales et, dans cette chambre des nations qu’est le Conseil, la minorité doit donc se soumette à la majorité, la gauche à la droite depuis plusieurs années mais évidemment pas pour l’éternité.

C’est ainsi qu’a été adoptée la politique de rigueur, par une majorité conservatrice, et que la Commission a été chargée de veiller à son application. Le Conseil décide, la Commission exécute mais parce qu’il est difficile au gouvernement français de s’attaquer bille en tête à la majorité conservatrice du Conseil sans l’accord de laquelle il ne pourra pas s’affranchir de la politique de rigueur, c’est à la Commission que les ministres français réservent leurs coups.

Ils ont tort. Plutôt que de semer ainsi la confusion sur le fonctionnement de l’Union et ses institutions, ils feraient beaucoup mieux, à l’aube de cette campagne pour les élections européennes, d’ouvrir le débat qui oppose aussi bien les capitales que les droites et les gauches européennes sur la politique de rigueur et d’appeler les électeurs, l’ensemble des citoyens européens, à le trancher. Ce n’est pas l’Union qui en serait ébranlée. C’est le débat qui en serait éclairé.

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