Mark Zuckerberg demande aux gouvernements et aux instances de régulations d’intervenir pour corriger les effets pervers des réseaux sociaux : discours de haine, fake news, etc. Une volte-face du jeune milliardaire américain.

Marc Zuckerberg, le fondateur et PDG de Facebook, au cours d’une conférence sur la technologie, à Paris, le 23 mai 2018.
Marc Zuckerberg, le fondateur et PDG de Facebook, au cours d’une conférence sur la technologie, à Paris, le 23 mai 2018. © AFP / BERTRAND GUAY / AFP

Facebook a été fondé en 2004, il y a quinze ans à peine ; à l’origine pour draguer sur les campus américains. Pas pour faire des révolutions, influencer des élections, diffuser en direct un meurtre de masse, ou, pour reprendre un cas tout frais en France, diffuser des rumeurs malveillantes envers une communauté particulière.

Or Facebook sert aujourd’hui à tout ça, et à grande échelle puisqu’il existe quelque deux milliards de comptes dans le monde, soit la moitié des personnes connectées à internet. C’est colossal, tout comme la responsabilité qui va avec.

Après une longue période qui a vu les critiques monter contre l’incapacité du réseau social à maîtriser les effets maléfiques de sa magnifique invention, voilà que Mark Zuckerberg appelle à l’aide … les gouvernements. C’est inattendu de la part du jeune milliardaire américain qui, jusque-là, redoutait plus qu’il ne les espérait, les tentatives de régulation.

Dans un texte publié ce weekend dans plusieurs pays à la fois, le fondateur de Facebook, qui a plus d’impact aujourd’hui que la plupart des États, demande carrément un « rôle plus actif des gouvernements et des instances de régulation ». Le but explique-t-il, est d’améliorer les règles de l’internet.

La tuerie de Christchurch, en Nouvelle Zélande, le 15 mars, constitue un tournant. Le terroriste qui a attaqué deux mosquées, tuant quelque 50 fidèles en prière, a diffusé son attaque en direct sur Facebook, relayé par des nationalistes blancs ailleurs dans le monde.

Facebook, mais aussi YouTube et les autres réseaux sociaux, ont été dénoncés pour avoir servi de caisse de résonance à ce massacre.

Dans son texte, Mark Zuckerberg reconnait que Facebook a trop de pouvoir sur la vie des gens, un reproche qui lui a souvent été fait, et demande à la fois que les gouvernements interviennent, et que des mesures standardisées soient décidées, qui s’appliquent à toutes les plateformes de la même manière.

Cette ouverture est-elle sincère ? Certains penseront qu’elle est trop belle pour être honnête… Que Mark Zuckerberg prend les devants pour garder la maîtrise des évolutions à venir, sans doute inévitables. 

De plus en plus de gouvernements dans le monde légifèrent en effet contre les fausses nouvelles ou la haine en ligne ; l’Allemagne et la France en Europe, la Russie récemment, Singapour hier. Ces lois sont, pour l’instant, au mieux inefficaces, au pire liberticides.

Mark Zuckerberg propose de son côté la généralisation dans le monde des règles européennes de protection des données personnelles, et cite même en exemple sa coopération avec le gouvernement français contre la haine en ligne.

Peut-être, aussi, prépare-t-il une évolution de son modèle économique basé sur la publicité, et donc sur le clic, vers la création d’un écosystème internet à Facebook et ses filiales, Instagram et la messagerie Whatsapp, dans lequel il envisage d’avoir sa propre monnaie numérique, rien que ça. Pour un tel changement, il a besoin des États, et de regagner leur confiance. 

Quoi qu’il en soit, la méfiance reste de rigueur face à ce qui est, après tout, une entreprise qui fait d’énormes bénéfices et veut les conserver. La question reste entière, et se pose aux entreprises comme Facebook, aux gouvernements, et aux usagers que nous sommes : comment réguler sans restreindre les libertés ?

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