Le Secrétaire Général de l’ONU a lancé un appel à l’union contre le coronavirus, mais le Conseil de sécurité n’a même pas réussi à se réunir au sujet de la pandémie, en raison de ses divisions.

Le siège des Nations Unies est fermé en raison de l’épidémie de coronavirus qui touche aussi New York.
Le siège des Nations Unies est fermé en raison de l’épidémie de coronavirus qui touche aussi New York. © AFP / John Nacion / NurPhoto / NurPhoto via AFP

Le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Gutteres, a qualifié le covid-19 de « plus grande épreuve que nous ayons eu à affronter ensemble depuis 75 ans », c’est-à-dire depuis la Seconde Guerre mondiale. 

Cela pourrait être le discours de mobilisation d’un général en pleine bataille, mais c’est, au contraire, celui d’un acteur marginalisé au cœur d’une crise planétaire. L’ONU est dans l’impasse, et ça ne date pas du coronavirus.

Malgré les demandes de plusieurs pays, le Conseil de Sécurité de l’ONU ne s’est toujours pas réuni sur la pandémie, signe de son éclipse et de sa paralysie. Son autorité politique et morale aurait pourtant été bienvenue pour réunir les nations divisées pour un combat commun contre un ennemi qui ne connaît ni idéologies, ni frontières.

Mais le Conseil de Sécurité était présidé par la Chine au mois de mars, et l’atmosphère était polluée par la volonté de Donald Trump de nommer le covid-19, « virus chinois », et l’accusation de Pékin contre les États-Unis d’avoir implanté le virus en Chine. Puéril, vu l’enjeu mondial, mais c’est le reflet d’un monde désuni. 

Pour ajouter à ce climat, le Conseil de sécurité ne peut même plus se réunir physiquement depuis la mi-mars, à cause de l’épidémie à New York.

Le Secrétaire Général a bien lancé un appel personnel, pas celui de la plus haute instance de l’organisation, à cesser tous les conflits, le temps de la lutte contre l’épidémie. Il a obtenu quelques succès ponctuels, mais aucun des grands conflits de l’heure n’a cessé par miracle, ni mis fin au calvaire de millions de réfugiés et personnes déplacées. 

Antonio Guetteres fait ce qu’il peut, le talent de l’ancien homme politique portugais n’est pas en cause ; c’est l’époque qui l’est. Les Nations Unies ne sont que le reflet de leurs États-membres : s’ils ne s’entendent plus, la machine se grippe.

L’ampleur de la crise exige pourtant une réponse collective, avec plus de la moitié de l’humanité confinée, et une partie du monde largement démunie sur le plan sanitaire ou économique pour faire face à la pandémie et à ses conséquences.

L’ONU a justement été conçue pour des situations d’urgence de ce type, pas seulement pour garantir la paix après la Seconde Guerre mondiale. Elle compte de nombreuses agences spécialisées, dans tous les domaines, mais elles sont, là encore, très effacées aujourd’hui.

Même l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) est contestée, pour avoir collé à la position chinoise, continuant à affirmer à la mi-janvier qu’il n’y avait pas de transmission humaine, et retardant la déclaration de pandémie à la demande de Pékin. 

Une telle organisation devrait être indépendante de la volonté des États-membres pour jouer pleinement son rôle.

Alors faut-il revoir tout ce système multilatéral qui est aujourd’hui sclérosé ? Est-ce seulement possible quand les principaux responsables de l’impasse disposent du droit de véto ? Aujourd'hui, la réponse est clairement "non".

Mais dans le « monde d’après » qui doit d’ores et déjà mobiliser les esprits, la question de la gouvernance mondiale doit être posée. Qu’il s’agisse du coronavirus ou du dérèglement climatique, l’ennemi est commun ; mais le monde est désespérément désuni.

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