Sari Nusseibeh est le représentant de l’OLP à Jérusalem. Ami Ayalon est un ancien patron du Shin Bet, les services de sécurité israéliens. A priori, tout les sépare, leurs parcours et l’Histoire, mais l’un et l’autre sont convaincus que la violence ne mène à rien, qu’Israéliens et Palestiniens devront, un jour, vivre en paix dans leurs Etats respectifs et, ensemble, ils ont donc rédigé, un plan de paix qu’ils se sont mis en tête de faire adopter par leurs peuples, à la base. Leur objectif, disent-ils, est de réunir deux millions de signatures, un million de signatures israéliennes, un million de signatures palestiniennes, et de se tourner ensuite vers les dirigeants des deux nations pour leur dire que si deux individus ont pu mobiliser tant de monde pour la paix, ils peuvent, eux, trouver les majorités nécessaires à un accord. Naïf ? Ca ne marchera pas ? C’est vrai. Ca ne marchera pas comme ça mais ni Sari Nusseibeh ni Ami Ayalon n’étant des boy-scouts, ils tablent en fait sur une dynamique. L’un et l’autre se disent que l’urgence est de recréer, de part et d’autre, un parti de la paix et que cette collecte de signatures, quoi qu’elle donne, remobilisera les hommes de raison, les refera travailler côte à côte, montrera qu’il existe, de chaque côté, une volonté de paix dont l’affirmation brisera le monopole de la haine. Alors ils y vont à petits pas. Ils multiplient les interviews, font parler d’eux, organisent des dîners-débats et, toute la semaine dernière, ils ont fait publier à la une d’un quotidien palestinien, Al Quds, Jérusalem en arabe, de petits placards publicitaires appelant à soutenir leur initiative. Ils en font la promotion, comme on lance un nouveau produit, à coup de petites phrases qui veulent donner à penser. L’une dit simplement, mais c’est tout le cœur du problème : « Deux Etats pour deux peuples ». L’autre proclame : « Une Jérusalem ouverte, capitale de deux Etats ». La troisième affirme : « Amram Mitzna soutient la solution proposée par Ami Ayalon ». Amram Mitzna est le candidat de la gauche aux élections israéliennes du 28 janvier et il s’agit ainsi de dire aux Palestiniens que l’un des deux grands partis d’Israël, un parti qui peut gagner même si les sondages le laissent loin derrière la droite, défend lui aussi l’idée d’un compromis hors duquel il n’y aura pas de paix. Ces placards ont naturellement fait du bruit. Des Palestiniens protestent d’autant plus fort que Sari Nusseibeh estime qu’il faut abandonner l’idée d’un retour des réfugiés palestiniens dans ce qui est devenu Israël, qu’ils ont droit à des compensations et à la reconnaissance du tort qui leur a été fait mais que c’est dans la future Palestine que les réfugiés devront s’installer. Ce n’est pas du goût de tout le monde mais beaucoup de Palestiniens acceptent en fait cette réalité et, miracle, un débat s’amorce – au moment même où le Numéro 2 de l’OLP, Abou Mazen vient de redire, hier, qu’il fallait un arrêt total et non partiel des opérations militaires palestiniennes. Il y a, au Proche-Orient, des gens à soutenir.

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