Un « non » aurait porté un rude coup à l’Europe. La clarté de ce « oui » conforte, au contraire, la construction européenne pour trois raisons. La première est qu’il est désormais probable que le projet de Constitution sera ratifié par les vingt-cinq pays de l’Union. Il devrait l’être en France car le débat socialiste a largement préfiguré le débat national. Il devrait l’être en Grande-Bretagne, le plus europhobe des pays européens, car le référendum décidé par Tony Blair y portera, d’abord, sur l’Europe elle-même, non pas sur tel ou tel article de la Constitution mais sur la confirmation ou le rejet de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union, et qu’une majorité de Britanniques y est favorable. Il devrait l’être en Pologne car, un temps hésitants, les Polonais voient arriver, depuis l’été, les aides européennes et se sont retrouvés, surtout, à l’unisson de toute l’Europe dans la crise ukrainienne où leur Président, Alexandre Kwasniewski, joue les premiers rôles aux côtés de Javier Solana, le Haut représentant de l’Union pour la politique étrangère. A en croire les sondages, il devrait enfin l’être dans les vingt-deux autres pays membres où la ratification n’a jamais fait de vrai doute. Avec ce « oui » des socialistes français, l’Union s’épargne une crise qui aurait considérablement ralenti son affirmation au moment même où elle prend corps sur la scène internationale. C’est la deuxième raison de se réjouir de ce résultat car l’Europe découvre aujourd’hui le poids qu’elle a d’ores et déjà pris. Sans l’Union, sans les horizons nouveaux qu’elle ouvre à ses voisins et au monde, jamais cette moitié de l’Ukraine qui se bat, depuis bientôt deux semaines, pour l’Etat de droit n’aurait pu se lancer dans cette bataille. Si les manifestants ukrainiens ont pu trouver le courage de refuser l’ingérence de Vladimir Poutine dans leurs affaires intérieures, c’est qu’ils avaient un autre destin à portée de main, cet ancrage dans l’Union avec laquelle ils ont une frontière commune depuis que l’Europe centrale en est membre. Par sa seule existence, sans même l’avoir voulu, c’est l’Union qui a permis cette révolution, tout comme elle démocratise la Turquie par sa seule force d’attraction, oblige les Balkans à chercher le nouvel équilibre sans lequel ils ne pourraient pas la rejoindre, vient d’éviter au monde une crise iranienne en amenant la République islamique à négocier ses programmes nucléaires et offre, petit à petit, à la Chine et à l’Amérique latine, à l’Afrique, à l’Inde et aux pays arabes, un autre interlocuteur occidental que les seuls Etats-Unis. Bientôt dotée, par cette Constitution, d’un Président et d’un ministre des Affaires étrangères, l’Union va pouvoir poursuivre cette soudaine montée en puissance mais ce n’est pas tout. Troisième raison de l’importance de son vote, la gauche française vient de pleinement s’inscrire, là, dans la gauche européenne alors même que le Parti socialiste européen s’attelle à définir le programme commun qui lui permettrait de se présenter uni aux prochaines élections européennes. C’est la formation d’un échiquier politique européen qui a progressé hier, autrement dit cette démocratie européenne sans laquelle l’Union ne deviendra pas un acteur international.

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