Dimanche dernier, Ariel Sharon accordait une interview à l’hebdomadaire marocain l’Economiste. Publiée ce matin, elle est à lire. « Si je devais me définir, dit-il, j’étais un fellah (un paysan en arabe) et un guerrier et je veux, aujourd’hui, arriver à la paix pour laquelle je suis disposé à de grands changements, à prendre des décisions extrêmement difficiles qui peuvent conduire à de réels déchirements. Ma résolution est sans failles, nous construirons la paix pour les générations futures », poursuit-il avant d’ajouter : « Je ne vois, dans la guerre, que désolation et souffrances. La guerre est l’horreur absolue. Oui, j’ai changé, le monde a changé aussi, et mon désir le plus cher est de bâtir la paix ». Ce mot de mot de « paix » est celui qui revient le plus souvent dans ces déclarations mais « quelle paix ? », lui demande l’hebdomadaire en notant qu’un des plus hauts dirigeants palestiniens, Ahmed Qoreï, l’avait estimée possible « assez rapidement », « sous six mois » même. « L’avènement de l’Etat palestinien est un espoir qui peut se concrétiser, répond Ariel Sharon. Je voudrais aussi que ce processus intervienne rapidement mais… ». Mais le Premier ministre israélien y met deux conditions. La première est que le Président palestinien (« un homme dit-il, que j’apprécie beaucoup, très agréable et d’une grande courtoisie ») assume toute son autorité et se résolve à démanteler les organisations terroristes ». La seconde est que « Jérusalem unifiée reste la capitale de l’Etat d’Israël », qu’il n’y ait « ni charcutage ni découpage de la ville », que « les grandes implantations de Cisjordanie soient rattachées à Israël » et qu’on ne veuille, donc, pas revenir aux « frontières de 1967 ». A priori, ces conditions n’incitent pas à l’optimisme puisque Mahmoud Abbas ne veut pas mettre au pas les groupes armés par la force mais par la négociation, que tous les Palestiniens veulent faire de Jérusalem Est leur capitale et que le retour aux frontières de 1967 est l’exigence des plus modérés d’entre eux. Que penser alors ? Que comprendre, alors, à la démarche d’Ariel Sharon qui sait parfaitement tout cela et dit, pourtant, avoir quitté le Likoud parce qu’il est arrivé « à la conclusion qu’il fallait créer un parti dont la paix serait l’objectif majeur », parti que Shimon Peres soutient désormais ? Les sceptiques diront qu’il n’y a, là, que relations publiques. Les autres noteront trois phrases de cette interview. « Je n’approuve pas du tout mais je comprend », dit d’abord Ariel Sharon, en parlant de la position de Mahmoud Abbas sur les groupes armés. « Nous n’avons pas vocation, dit-il ensuite, à annexer les quartiers limitrophes de Jérusalem qui reviendront à l’Etat de Palestine dans le cadre d’un règlement global ». « Ce n’est pas une fin de non-recevoir », dit-il, enfin, à propos du non-retour aux frontières de 67 en ajoutant : « Je suis ouvert à toutes les suggestions. Il peut y avoir des échanges de territoires qui puissent satisfaire les deux parties. Je pense que l’on peut arriver à un accord ». Dit ainsi, c’est très loin d’être joué mais, en effet, pas impossible.

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