C’était clair et rationnellement argumenté mais était-ce convaincant ? En annonçant, hier, l’envoi de 30 000 hommes supplémentaires en Afghanistan et le début du retrait des troupes américaines au début de l’été 2011, Barack Obama a tout à la fois rappelé les raisons de cette guerre et sa légitimité, exposé une stratégie et expliqué pourquoi il avait finalement repoussé les autres options possibles – un retrait immédiat, le maintien des effectifs engagés à leur niveau actuel et la poursuite des combats sans date de rappel des troupes. C’est une guerre « légitime », a-t-il dit, puisque le congrès américain comme l’Onu l’avaient approuvée et que l’Amérique n’avait pas choisi de l’ouvrir mais y avait été « contrainte » par le refus des taliban de lui livrer Oussama ben Laden, l’organisateur des attaques du 11 septembre. C’est une guerre, a-t-il ajouté, qui « n’est pas perdue » malgré les revers essuyés depuis « plusieurs années » en raison de la dispersion des efforts au profit de l’aventure irakienne. C'est une guerre, a-t-il pourquivi, que l'Amérique va, maintenant, mener en renforçant sa contre-offensive contre les taliban et en accélérant la formation des troupes afghanes ; en exigeant plus de responsabilité du gouvernement afghan et des gouverneurs de région et en s’engageant, à long terme, en faveur de la stabilité du Pakistan voisin dont, au bout du compte, tout dépendra. Ce n’est pas le Vietnam, a-t-il expliqué, pas perdu d’avance autrement dit, puisque l’Amérique ne fait pas, là, face à une insurrection populaire, qu’elle n’est pas seule à mener cette guerre et que sa sécurité est en jeu car sa défaite serait la victoire d’al Qaëda qui mettrait, alors, la main, non seulement sur l’Afghanistan mais également sur cet Etat nucléaire qu’est le Pakistan. Sans renforts, a-t-il argumenté, nous resterions dans un statu quo qui n’est pas jouable et, sans date de retrait, l’Amérique ne s’obligerait ni à mobiliser toutes ses ressources ni à exercer assez de pressions sur le pouvoir afghan. Hier, on entendait penser ce président qui, comme toujours, s’adressait à l’intelligence de ses auditeurs, américains et étrangers, mais il n’a ni pu ni voulu, sans doute, cacher l’immense part d’incertitude qui continuera de planer sur cette guerre. Ce que veut Barack Obama c’est parvenir, en dix-huit mois, à assez affaiblir les taliban pour les amener à négocier une issue politique garantissant la mise à l’écart d’al Qaëda. L’objectif est désormais limité, autrement moins irréaliste que l’exportation de la démocratie, mais sa réussite demande un double appui, celui des autorités afghanes et pakistanaises, qui n’est nullement garanti. Divisé par les rivalités tribales et les intérêts personnels de ses protagonistes, le pouvoir afghan est totalement incertain. Bien pire encore, le Pakistan mène double jeu. Il combat ses propres islamistes pour qu’ils ne le renversent pas mais les soutient, en même temps, pour prendre, grâce à eux, le contrôle de l’Afghanistan au cas où l’Amérique y serait battue. Ce n’est pas avec de tels appuis qu’on a le plus de chance de gagner.

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