Les détails seront pour lundi. C’est lundi, a-t-on compris hier, que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, réunis à Paris, présenteront le détail de leurs propositions communes de réformes des traités européens mais, pour l’essentiel, le président de la République vient de tout dire dans son discours de Toulon.

L’Europe « refondée » que Paris et Berlin vont proposer à leurs partenaires sera, d’abord, plus « solidaire » mais plus « disciplinée », aussi totalement décidée, autrement dit, à ne laisser aucun de ses membres plier seul devant les difficultés qu’à exiger de tous un total respect des plafonds d’endettement et de déficit budgétaire dont le dépassement sera beaucoup plus automatiquement et rapidement sanctionné.

Dans cette nouvelle Europe, deuxième point, ce seront les « responsables politiques » qui seront aux commandes, c’est-à-dire les dirigeants nationaux et non pas les institutions communautaires, Commission et Parlement, car « la refondation de l’Europe, a expliqué Nicolas Sarkozy, ce n’est pas la marche vers plus de supranationalité mais des chefs d’Etat et de gouvernement qui assument leurs responsabilités parce qu’eux seuls disposent, au fond, de la légitimité qui leur permet de décider ». « C’est par l’intergouvernemental que passera l’intégration européenne », a martelé le président français qui a ainsi évacué toute idée d’évolution fédérale au profit d’une affirmation de l’Europe des nations, de nations décidant ensemble mais ne cédant rien de leurs prérogatives.

Dans cette Europe refondée, troisième point, les 17 pays de la monnaie unique devront « aller sans crainte vers plus de décisions prises à la majorité qualifiée », c'est-à-dire renoncer à l’unanimité qui permet aujourd’hui à un petit parti d’une coalition nationale de tout bloquer alors que l’Europe doit pouvoir décider vite. Dans cette Europe refondée, enfin, la Banque centrale européenne « restera indépendante », comme le souhaitent les Allemands, mais « elle agira face au risque déflationniste » – Nicolas Sarkozy s’en est dit convaincu – ce qui signifie, en clair, qu’elle ne laissera pas les marchés imposer des taux d’emprunt excessifs aux Etats puisque cela conduirait, comprend-on, à une récession généralisée que la BCE se doit de combattre en vertu même de ses statuts. En un mot comme en cent, le deal à venir est scellé : ce sera, comme prévu, l’Europe de la rigueur contre une intervention, conjoncturelle et non pas institutionnalisée, de la BCE en faveur des Etats en difficultés.

C’est une solution. Elle rassurera tous ceux qu’inquiétait la possibilité d’une évolution fédérale. Elle peut apaiser les marchés et contribuer, ainsi, à une sortie de crise. Elle contribuera également à conforter le candidat Sarkozy qui pourra faire valoir aux Français qu’ils ébranleraient cette construction en ne le reconduisant pas mais l’Europe – c’est le double danger de ce compromis franco-allemand – sera toujours plus identifiée à la rigueur budgétaire et sociale et toujours moins démocratique car ses politiques communes ne seront pas le fruit d’un choix des électeurs européens mais d’obscures tractations entre gouvernements qui pourront tous continuer à dire : « Ce n’est pas moi, c’est l’Europe ». C’est une solution mais ce n’est pas forcément la meilleure.

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