Le premier ministre maltais Joseph Muscat a annoncé hier sa démission, après celle de deux de ses ministres et de son Directeur de cabinet, en lien avec le meurtre d’une journaliste d’investigation il y a deux ans.

Le 29 novembre 2019, des manifestants brandissent le portrait de la journaliste assassinée Daphné Caruana Galizia devant le bureau du Premier ministre maltais Joseph Muscat, qui a été contraint hier d’annoncer sa démission.
Le 29 novembre 2019, des manifestants brandissent le portrait de la journaliste assassinée Daphné Caruana Galizia devant le bureau du Premier ministre maltais Joseph Muscat, qui a été contraint hier d’annoncer sa démission. © AFP / Stringer

Il aura fallu deux ans, Nicolas, pour que le meurtre de la journaliste d’investigation maltaise Daphné Caruana Galizia connaisse un début de solution. Et fasse tomber une personnalité politique de premier plan, le premier ministre maltais Joseph Muscat, dont la position était devenue intenable, et qui a donc annoncé son prochain départ.

Deux ans de campagne locales et internationales pour que cet assassinat d’une journaliste ne reste pas impuni dans un pays de l’Union européenne. Ca semblait sans espoir, et pourtant les événements se sont précipités ces derniers jours, éclaboussant l’entourage du premier ministre.

A 53 ans, Daphné Caruana Galizia appartenait à cette catégorie de journalistes qui ne lâchent pas une affaire, quelles qu’en soient les difficultés et les risques. Elle travaillait sur des données issues des « Panama papers », ces documents provenant d’un paradis fiscal, qui mettaient en cause des personnalités maltaises. Mais le 16 octobre 2017, lorsqu’elle a mis le contact de sa voiture, une bombe a explosé ; un travail de professionnel.

Joseph Muscat n’est pas mis en cause à ce stade de l’enquête, mais c’est le cas de son entourage immédiat. Deux ministres ainsi que son Directeur de cabinet ont été contraints à la démission. Il y a une semaine, un homme d’affaires proche du pouvoir a été interpelé alors qu’il s’apprêtait à prendre la fuite à bord d’un yacht. Il est toujours en détention.

Toutes ces personnes étaient concernées par les « Panama Papers » et par les enquêtes de la journaliste sur des comptes off-shore, du trafic d’influence, de l’enrichissement illicite.

Depuis deux ans, le premier ministre opposait une fin de non-recevoir aux demandes de la famille qui se plaignait que l’enquête n’avançait pas. Mais la pression n’a jamais diminué. Les organisations de défense de la liberté de la presse n’ont pas lâché l’affaire, et un consortium de journalistes a poursuivi une partie des enquêtes abandonnées. Il les a publiées dans les médias de 18 pays -dont France Inter, il faut le rappeler- sous le nom du « Daphné Project ». Pour la famille, le combat continue : elle demande le départ immédiat du premier ministre, et pas en janvier comme il l'a annoncé, et elle espère des procès exemplaires.

Ce n’est pas le seul cas de journaliste assassiné en Europe. Quelques mois plus tard un autre pays a connu un meurtre similaire, la Slovaquie, avec le meurtre de Jan Kucak et de sa compagne. Le premier ministre slovaque fut contraint à la démission, et l’enquête révéla des liens politico-mafieux. 

Le sursaut de la société slovaque révulsée permit l’élection d’une présidente étonnante, Zuzana Caputova, une avocate engagée, dont le premier geste fut d’aller allumer une bougie à la mémoire de Jan Cucak.

Il est rassurant qu’au sein de l’Union européenne, l’impunité ne soit pas tolérée pour des meurtres de journalistes ; mais il faut rappeler qu’à l’échelle mondiale, 90% des affaires similaires restent impunies.

L’affaire maltaise rappelle aussi, à l’heure où les journalistes sont souvent décriés, ce que ce métier apporte à nos société en révélant des fléaux sociaux comme l’évasion fiscale ou la corruption. Parfois au péril de leur vie.

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