Elles ne font pas les gros titres en Europe, pourtant les victimes du terrorisme islamiste sont bien plus nombreuses en Afrique, comme le 29 novembre au Nigéria, où plus de 70 paysans ont été massacrés par le groupe Boko Haram.

Funérailles des victimes de l’attaque des terroristes islamistes de Boko Haram le 29 novembre dans le village de Zabarmari, dans le nord-est du Nigéria.
Funérailles des victimes de l’attaque des terroristes islamistes de Boko Haram le 29 novembre dans le village de Zabarmari, dans le nord-est du Nigéria. © AFP / Audu Marte / AFP

Il y a quelques jours, plusieurs dizaines d’agriculteurs ont été massacrés par des djihadistes dans le nord-est du Nigéria. L’attaque a été revendiquée par le groupe terroriste Boko Haram, dont une partie est affiliée à l’État islamique. Il s’agirait de représailles contre des dénonciations de combattants auprès de l’armée.

70 victimes confirmées, peut-être une centaine, qui ne font pas les gros titres de la presse en Europe, et viennent pourtant contredire cette idée si répandue selon laquelle « nous », les Occidentaux ex-colonialistes, serions tout particulièrement visés par les djihadistes.

C’est pourtant en Afrique, et pas seulement dans la zone sahélienne, que les groupes se réclamant de Daech ou d’Al Qaeda, sont aujourd’hui les plus actifs, semant la terreur, sans toutefois contrôler de territoires comme ils l’ont fait au Moyen Orient. 

Cette extension géographique est spectaculaire, et tient autant sinon plus à la faiblesse des structures étatiques locales et à la misère, qu’au pouvoir d’attraction du djihad global.

Ces groupes sont actifs dans plusieurs parties du continent : 

-       Sur les terres d’islam d’Afrique de l’Ouest, qui connurent autrefois de véritables « guerres saintes », au XIX° siècle contre les armées coloniales ; 

-       En Somalie, dans la corne de l’Afrique, où les « Chebabs » islamistes sévissent depuis des années, dans une guerre dans laquelle un membre des forces spéciales américaines vient de trouver la mort sans qu’on en sache plus ;

-       Dans l’Est de la République démocratique du Congo, véritable ventre mou de l’Afrique où la guerre fait partie de la vie depuis si longtemps ; Le djihadisme est venu s’ajouter à bien d’autres sources locales de conflit ;

-       Mais aussi dans le nord du Mozambique, sur la côte de l’Océan indien, où l’islam est enraciné depuis des siècles, et où, depuis trois ans, sévit un groupe lui aussi affilié à l’État islamique.

Pour autant, ces étiquettes agissent comme des « franchises », c’est-à-dire sans centralisation, sans commandement unique ; même s’il est probable que les groupes apprennent l’un de l’autre.

Les terroristes savent tirer parti des faiblesses des États, qu’il s’agisse d’un État « failli » comme la Somalie ou impotent comme au Nigéria. Au Mozambique, les djihadistes interviennent dans une zone en passe de devenir l’eldorado du gaz naturel, avec un projet piloté par le groupe français Total ; mais les paysans pauvres, qui savent qu’il n’y aura pas de retombées pour eux, sont des proies faciles pour des groupes violents.

Ce contexte montre que la réponse au terrorisme ne peut pas être uniquement sécuritaire ; même au Sahel où la riposte militaire est la plus développée, avec la présence des soldats français de l’opération Barkhane, et ceux d’autres pays européens, et le renforcement des armées africaines. Des décennies de problèmes non résolus facilitent cette déstabilisation meurtrière.

Les morts du Nigéria ou du Mozambique ne sont pas moins victimes du terrorisme islamiste que les Français ou les Autrichiens ; Et si les contextes sont différents, l’idéologie de leurs meurtriers, elle, ne change pas.

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