On connaît l’histoire, une « bourde », dit-on, de Jacques Chirac. Lundi, le Président de la République accorde une interview commune au New York Times, au Herald Tribune et au Nouvel Observateur. Il est convenu que le sujet en sera l’environnement mais les journalistes, c’est leur métier, en profitent pour l’interroger aussi sur les ambitions nucléaires de l’Iran et, là, parlant sans notes, sans ce qu’on appelle un « langage » préparé, parlant comme il pense, il déclare : « Si l’Iran poursuit son chemin, le danger n’est pas dans la bombe qu’il va avoir. Cela ne lui servira à rien. Il va l’envoyer où cette bombe ?, demande-t-il. Sur Israël ? Elle n’aura pas fait deux cent mètre dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée. Ce qui est dangereux, poursuit-il, c’est la prolifération et c’est tout de même très tentant pour d’autres pays qui ont de gros moyens financiers dans cette région de dire : ‘eh bien, nous aussi on va la faire’. Pourquoi l’Arabie saoudite ne le ferait pas ? Et pourquoi n’aiderait-elle pas l’Egypte à le faire également ? C’est ça le danger, conclue-t-il ». Ouille… Quand on parle si serré, comme dans une réunion de travail, on court le risque d’être très mal interprété. Si l’on ne rappelle soudain pas une évidence cent fois redite, cela peut passer pour un changement de politique. Qu’il soit dit ou tu, chaque mot compte dans une telle interview et, pressentant le danger qui s’avérera, hier, dans ce titre du Herald « Chirac suggère qu’il y aurait peu de danger dans la bombe iranienne », le Président fait revenir les journalistes mardi pour mieux enrober ses propos. Cela fait désordre, pas du tout professionnel, mais sur le fond ? Sur le fond, Jacques Chirac avait doublement raison. Il est vrai, d’abord, que le danger que ferait courir une nucléarisation de l’Irak réside beaucoup plus dans la prolifération régionale puis mondiale qu’elle entraînerait, dans une anarchie atomique, que dans une attaque contre Israël qui n’aurait que les effets qu’il a dits. Le président français, en second lieu, n’avait pas du tout tort, dans une période où le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, est de plus en plus contesté à Téhéran, de souligner, à l’intention de l’opinion iranienne, que cette aventure nucléaire ne rapporterait rien à l’Iran chiite si ce n’est de se retrouver entouré de pays sunnites disposant également de la bombe. Ce que révèle la rapidité, presque syncopée, avec laquelle il s’était exprimé lundi, c’est le souci français, le sien au premier chef, de ne pas « rompre le fil », avec Téhéran, de ne pas laisser s’installer une situation dans laquelle le mysticisme et les provocations d’Ahmadinejad mèneraient droit à des bombardements préventifs des Etats-Unis qui, si justifiés deviendraient-ils, aggraveraient sérieusement les crises proche-orientales. La France veut tenter de peser sur les débats internes du régime iranien. Que cela réussisse ou non, c’est mieux que de courir, bras croisés, à une guerre de plus.

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