Sur l’Europe, la crise souffle à la fois le chaud et le froid. Alors même qu’elle peine à trouver des réponses communes à une tempête qui ne se dissipe pas, l’Union voit s’affirmer son pouvoir d’attraction car on voit en elle un refuge. Dans les pires des difficultés, avec une Livre qui a perdu 25% de sa valeur, la Grande-Bretagne en viendrait presque à se demander si elle n’a pas eu tort de ne pas rejoindre l’euro. La majorité des Britanniques y reste hostile. Aucun de ses deux grands partis ne le prône, mais le débat s’est rouvert et il n’y a pas qu’à Londres que les choses bougent. Hier si satisfaite de faire cavalier seul mais en faillite depuis l’automne, l’Islande ne rêve plus que d’entrer dans l’Union et d’adopter sa monnaie mais c’est en Irlande que le retournement est le plus spectaculaire. Il y a sept mois seulement, 53% des Irlandais avaient rejeté le Traité de Lisbonne, le nouveau traité institutionnel dont l’Union a besoin pour pouvoir fonctionner à 27 et bientôt plus. Ce vote avait semblé sans appel mais, après être devenue le premier pays de l’Union à entrer en récession, dès le premier semestre 2008, l’Irlande s’attend aujourd’hui à un recul de 4% de son Produit intérieur brut en 2009 avant une année 2010 qui ne s’annonce pas meilleure. Les nuages s’accumulent sur ce pays et, craignant de devoir les affronter seuls, réalisant soudain qu’il faut serrer les rangs et ne pas risquer une marginalisation au sein de l’Union, ses électeurs ont changé d’avis. Un sondage publié hier indique que 58% d’entre eux seraient maintenant prêts à dire « oui » au Traité de Lisbonne, une majorité encore plus large que celle qui lui avait dit « non » en juin dernier. Un nouveau référendum étant prévu avant la fin de l’année, le traité devrait pouvoir entrer en vigueur sous quinze ou seize mois. L’Union devrait ainsi se doter d’un président et d’un haut commissaire aux Affaires étrangères qui l’incarneront sur la scène internationale. Sa cohésion en sera renforcée. L’horizon se dégage mais, en même temps, il s’assombrit. Parce que l’Union a bien trop tardé à affirmer des politiques communes, parce que ses partis et courants politiques sont toujours loin de s’être unis dans des forces politiques paneuropéennes – une gauche, une droite, etc. – capables de réunir une majorité claire au Parlement de Strasbourg et de prendre le contrôle de la Commission sur un programme européen, la décision y appartient toujours aux 27 Etats. En temps normal, cela n’induit que le règne permanent de compromis byzantins qui nourrissent la défiance et l’incompréhension des électeurs. C'est déjà grave mais, quand la tempête se lève, c’est bien pire encore. Malgré de grands efforts de concertation à l'automne, chaque Etat pare au plus pressé, se soucie, avant tout, de ses intérêts et de sa situation propres et cela donne ce à quoi on assiste aujourd’hui : des plans de relance nationaux et non pas concertés, la défense des industries nationales et non pas la définition d’une politique industrielle commune, un chacun pour soi qui est dommageable à tous. Si l’Union ne connaît pas vite un sursaut politique, son déblocage institutionnel ne lui servira pas à grand-chose.

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