La Chine ne s’était jamais montrée si sûre d’elle-même, de sa force et de son pouvoir d’intimidation. La dernière fois que les Etats-Unis avaient annoncé des ventes d’armes à Taiwan, sa province rebelle, insulaire et anti-communiste, qu’elle entend bien faire revenir, un jour, sous son autorité, la Chine s’était contentée des gesticulations politiques, d’une convocation de l’ambassadeur américain à Pékin et d’un gel de sa coopération militaire avec Washington. Là, c’est différent. Après l’annonce, vendredi, de nouvelles ventes d’armes à Taiwan par les Etats-Unis, Pékin menace, cette fois-ci, de prendre des sanctions économiques contre les entreprises américaines, Boeing en tête, intéressées à ce contrat de près de 4,5 milliards de dollars. C’est du jamais vu. Jamais la Chine n’avait ainsi menacé de représailles commerciales des entreprises dont elle a aussi besoin qu’elles ont besoin d’elles. Jamais la Chine n’avait ainsi pris en otage des échanges sur lesquels elle a fondé son essor depuis trois décennies et la dureté de cette réaction a stupéfait les Américains. La Maison-Blanche se garde de hausser le ton. Ce serait « injustifié » a seulement dit son porte-parole mais journaux, sinologues et instituts de recherches s’interrogent à n’en plus finir. Est-ce le début d’une vraie crise, se demandent-ils ? La fin d’une illusion si ancrée sur la démocratisation et l’occidentalisation de la Chine par la grâce des échanges commerciaux et d’une croissance économique porteuse d’ouvertures ? Faut-il, en un mot, commencer à craindre la puissance chinoise ? Les réponses sont nuancées mais, sur le fond, toutes tendent au « oui ». Oui, entend-on, il est temps de s’interroger sur une relation tellement idéalisée ces dernières années qu’on en était arrivé à parler de la « Chinamérique », d’un condominium mondial de ces deux puissances. Ces réactions traduisent un désenchantement, par nature excessif, mais le fait est que la Chine n’a rien fait pour assurer le succès du sommet de Copenhague, qu’elle a préféré ses intérêts immédiats au plus petit semblant de consensus sur une question d'intérêt universel et qu’elle est en train de bloquer l’adoption de nouvelles sanctions contre l’Iran par le Conseil de sécurité alors même que la Russie en soutient l’idée. Tout se passe comme si, forte de la rapidité avec laquelle elle a surmonté la crise économique mondiale et de la lenteur avec laquelle l’Amérique et l’Europe s’en remettent, la Chine voulait s’affirmer, aujourd’hui, en superpuissance à même de ne plus craindre personne. Avant même cette affaire, les Etats-Unis s’en étaient émus, à propos de l’Iran notamment. Il se passe autrement dit, là, quelque chose de d’autant plus intriguant que la Chine a d’immenses fragilités internes et qu’il ne lui faudrait pas beaucoup plus montrer ses muscles pour que les gouvernements occidentaux prêtent une autre oreille aux appels à plus de protectionnisme vis-à-vis de Pékin. Cette crise sera peut-être vite dépassée. Ces menaces seront peut-être rapidement oubliées mais la Chinamérique, en admettant qu’elle l’ait jamais été, n’est plus, vraiment, à l’ordre du jour.

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