Malgré l’ampleur des manifestations d’hier, malgré le redoublement des pressions américaines, Hosni Moubarak se refuse, donc, à quitter le pouvoir avant le terme de son mandat, en septembre prochain. Gros de tensions, de violences et de radicalisation de ce soulèvement populaire, c’est le pire des scénarios possibles mais où en est-on ce matin ? Le plus frappant, ce matin, est l’extraordinaire difficulté que les Etats-Unis ont à se faire entendre du président égyptien. Il y a maintenant près d’une semaine que Barack Obama dit et lui fait dire qu’il doit permettre sans délai une « transition ordonnée ». Contrairement à Ronald Reagan qui, dans des circonstances assez comparables, en 1986, avait envoyé un émissaire au président philippin, Ferdinand Marcos, pour lui déclarer : « M. le président, il est temps de partir », Barack Obama n’est pas allé jusqu’à employer de tels mots mais son message est clair. Il veut – il voudrait – qu’Hosni Moubarak soit déjà parti mais ne peut pas lui tordre le bras et le mettre dans un avion. Il ne le peut pas car c’est alors l’Amérique elle-même qui donnerait un coup d’accélérateur à la vague de contestation qui secoue tout le monde arabe depuis la révolution tunisienne. Barack Obama sait que, plus ce président s’accrochera au pouvoir, plus la situation égyptienne deviendra difficile et moins il sera possible de canaliser cette colère populaire. Il sait que c’est une révolution qui gronde et qu’il sera bientôt trop tard pour la cantonner à une évolution mais il ne lui est, pour autant, pas possible de précipiter une déstabilisation régionale dont nul ne pourrait prévoir les conséquences. A l’intérieur, les Républicains et beaucoup de Démocrates le lui reprocheraient. Arabes et israélien, tous les alliés proche-orientaux des Etats-Unis le somment de ne pas le faire. Pris entre son analyse de la situation égyptienne et les risques régionaux qu’il y aurait à en tirer les conséquences, Barack Obama n’a pas les coudées franches et cela d’autant moins que la contradiction dans laquelle il se trouve n’échappe pas à Hosni Moubarak. Comme chacun, le président égyptien voit bien que les Etats-Unis ne parlent pas de suspendre leur aide à l’Egypte et ne lui demandent pas, noir sur blanc, de sauter dans un avion. Ses marges de manœuvres sont infimes mais il lui en reste et il fait donc exactement ce qu’avait fait, l’année dernière, le Premier ministre israélien lorsqu’il avait résisté aux pressions américaines en faveur d’un arrêt de la colonisation des territoires palestiniens. Après Benjamin Netanyahou, Hosni Moubarak en est en train de démontrer à quel point la puissance américaine s’est relativisée et le fait que son temps soit compté ne change rien à cette réalité. Et puis il y a l’opposition. Les islamistes font preuve de retenue mais ont maintenant jeté toutes leurs forces dans la bataille tandis que les modérés proposent aux Occidentaux et aux militaires, surtout, des formules de transition dans l’espoir que cela les conduise à évincer l’homme qui ne veut pas partir. L’heure tourne, le volcan gronde.

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