Tout cela était su mais on en a désormais l’irréfutable preuve. Dans un rapport confidentiel dévoilé, hier, par la BBC et le Times de Londres, l’Otan écrit que les services secrets pakistanais, l’Isi, aident, protègent et pilotent les taliban afghans qui sont plus forts que jamais et bénéficient d’un soutien populaire croissant.

Fondé sur 27 000 interrogatoires de 4000 prisonniers faits dans les ranges des taliban et d’al Qaëda, ce report indique que la manipulation par le Pakistan de la direction des taliban se poursuit sans relâche, que ses services secrets prêtent la main à la préparation d’attaques contre les forces d’intervention étrangères, que le Pakistan sait parfaitement bien où se trouvent les dirigeants taliban et que l’un des plus célèbres d’entre eux, Nasiruddin Haqqani, vit tout près du siège de l’Isi à Islamabad, la capitale pakistanaise.

Cité par ce rapport, un prisonnier d’al Qaëda dit que « les taliban ne sont pas l’islam mais Islamabad » et il ressort également de ces interrogatoires que la collaboration secrète entre les forces de sécurité afghanes et les taliban ne fait que se développer, que la population préfère s’appuyer sur les taliban qui se financent par le trafic de drogue que sur les autorités qui sont trop corrompues et que les taliban freinent délibérément leurs opérations dans certaines régions afin que les troupes étrangères les croient pacifiées et qu’ils puissent alors en prendre les commandes à bas bruit.

On ne sait bien sûr pas qui a procuré ce rapport au Times et à la BBC mais cette fuite impose comme jamais l’idée que les Américains et leurs alliés ont perdu cette guerre. Alors qu’ils avaient été accueillis en libérateurs il y a onze ans, ils l’ont perdue parce que Georges Bush avait mobilisé en Irak toutes les forces et l’argent qu’il aurait fallu pour la gagner. Ils l’ont perdue parce que les Afghans n’ont pas vu arriver les routes, les écoles et les hôpitaux dont ils avaient espéré bénéficier après vingt ans de guerre provoqués par l’intervention soviétique de 1979. Ils l’ont perdue parce qu’ils n’ont en conséquence pas su s’attacher la population, que cela a permis aux taliban de reconquérir une région après l’autre et que le Pakistan, surtout, en a tiré la conclusion que les Américains partiraient en laissant les taliban revenir aux commandes et qu’il lui fallait donc jouer une alliance avec eux pour contrôler le pays après le départ des Etats-Unis et pouvoir opposer un ensemble musulman à l’Inde, son ennemie historique.

Quels qu’ils soient, les auteurs de la fuite ont voulu signifier qu’il n’y avait plus rien à attendre de cette intervention mais la publication de ce rapport vient encore compliquer les choses.

A le lire, les taliban ne pourront que se dire qu’ils n’ont aucune raison de faire la moindre concession aux Américains et au gouvernement afghan dans les négociations qu’ils ont accepté d’ouvrir avec eux. Déjà détestables depuis que les Américains avaient découvert qu’Oussama ben Laden vivait tranquillement au Pakistan, les relations entre Washington et Islamabad vont se détériorer un peu plus. Le navire coule et les Américains ne pourront même plus dire leur mission accomplie lorsqu’ils se retireront politiquement et militairement défaits.

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