Il y a eu des moments, disons… sportifs et il y en aura d’autres. Lorsqu’à peine le gouvernement formé, la nouvelle majorité grecque a annoncé en rafale des réembauches de fonctionnaires, l’augmentation du salaire minimum et l’annulation de projets de privatisations, les cheveux se sont dressés dans beaucoup des capitales de l’Union mais de panique, non, il n’y a pas.

Il n’y en a pas car ce gouvernement ne cesse de marteler qu’il veut que la Grèce reste dans l’euro et, bien sûr, dans l’Union et cherche un compromis acceptable pour tous. Il n’y aura, autrement dit, ni gestes unilatéraux ni tempête monétaire mais que veut la nouvelle gauche grecque et quelles pourraient être les grandes lignes du « nouveau contrat » qu’elle appelle de ses vœux ?

Alexis Tsipras et ses ministres ne demandent en fait qu’une chose qui est d’avoir les moyens de relancer leur économie en augmentant le pouvoir d’achat des plus pauvres et, donc, la consommation intérieure. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons rembourser nos créanciers, expliquent-ils à leurs interlocuteurs européens. C’est pour cela qu’ils ont immédiatement campé le décor avec les mesures sociales prises mercredi dernier mais avec quel argent peuvent-ils y procéder alors que les caisses sont pratiquement vides ?

Nous n’avons aucune intention, répondent-ils, d’augmenter le déficit de l’Etat, de dégrader le solde budgétaire qui est positif hors remboursement de la dette, rappellent-ils, et toutes les nouvelles dépenses, assurent-ils, seront en conséquence compensées par des économies ou de nouvelles rentrées dans d’autres domaines. Les partenaires européens de la Grèce entendent cela avec soulagement même s’ils attendent de voir pour s’en convaincre et l’ambition d’Alexis Tsipras et de son gouvernement est désormais claire.

Bien qu’ils ne le disent pas encore, ils ne demanderont pas d’abandon de créance mais un rééchelonnement du remboursement de leur dette. Ils ne demanderont pas ce qui leur serait à coup sûr refusé mais ce qui est d’ores et déjà implicitement accepté par leurs créanciers et voudraient indexer le rythme de leurs remboursements sur celui de la croissance de l’économie grecque qu’ils entendent booster par l’augmentation de la demande.

Ce n’est techniquement pas simple mai nullement inconcevable et parfaitement défendable et cela d’autant plus qu’ils se proposent en échange, et parce que c’est leur programme, de lancer un vaste plan de modernisation de l’Etat grec passant, notamment, par une vraie traque de la fraude fiscale et des exemptions d’impôts indues. Or, sur ce point au moins, la nouvelle gauche est infiniment plus crédible que ses prédécesseurs qui avaient bâti l’Etat sur un système de clientélisme.

Sur le papier, oui, le compromis est possible, y compris avec l’Allemagne, mais avec deux points d’interrogation pourtant. Le premier est de savoir si ce gouvernement a les moyens politiques de réaliser un programme qui heurtera beaucoup de puissants intérêts et le second est de savoir s’il parviendra, sans trop tarder, à trouver un langage et des formulations qui désarçonnent un peu moins des partenaires nettement plus cravatés que lui.

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