A Tunis, Emmanuel macron vient d'appeler à une ambition commune de la Méditerranée

 C’est maintenant dit. Lors de son discours d’hier devant les députés tunisiens, Emmanuel Macron a répondu à bien des attentes en appelant à une relance de la vieille idée d’une coopération structurée entre les deux rives de la Méditerranée.

Si vous en êtes d’accord, leur a-t-il dit, j’aimerais que la France puisse accueillir cette année une première réunion des dirigeants et des sociétés civiles de quelques pays européens et des pays du Maghreb et que nous puissions nous voir, nous parler et décider ensemble s’il y a une stratégie commune en Méditerranée. 

        C’est là une urgence car tant que l’Europe du Sud et l’Afrique du Nord n’auront pas jeté les bases d’une plus vaste coopération entre l’Europe et l’Afrique, tant que le Maghreb n’aura pas ouvert la voie et donné l’exemple, le chômage continuera de pousser vers l’émigration les plus entreprenants des jeunes maghrébins et africains, de priver l’Afrique des meilleurs de ses enfants et de poser à l’Europe des problèmes économiques, politiques et sociaux fondamentalement insolubles. On peut soit rester bras croisés en attendant que l’explosion démographique de l’Afrique crée des tensions inquiétantes soit se dire, au contraire, que l’Afrique peut être l’avenir de l’Europe pour peu que son développement lui permette de tirer la croissance de l’Union en offrant à ses industries un marché dont les besoins sont immenses.

        Alors oui, il faut s’y mettre, sans plus attendre, mais sans sous-estimer non plus les difficultés. La Libye est en totale anarchie, et pour de longues années. Le Maroc et l’Algérie sont en mauvais termes après avoir été en guerre peu après leurs indépendances parce que les frontières coloniales ont favorisé l’Algérie dont la France avait fait une part d’elle-même, parce que les Algériens continuent de soutenir l’indépendantisme du Sahara occidental qui est marocain aux yeux des Marocains et parce qu’Algériens et Marocains, c’est ainsi, se méprisent cordialement pour des raisons tenant à leur Histoire longue.

        Ce Maghreb qui devrait être en passe de devenir une autre Californie s’il avait su unir ses forces et n’était pas rongé par la corruption à Rabat comme à Alger, est profondément divisé et bien loin, Tunisie mise à part, de l’état de droit et d'une vraie vie citoyenne. La tâche, en un mot, sera rude mais outre que le Maghreb, contrairement au Proche-Orient, n’est pas ravagé par la guerre, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ont su digérer leurs barbus et les jeunes classes moyennes de ces trois pays se sont si prodigieusement affirmées depuis une vingtaine d’années qu’elles pourraient induire, à moyen terme, de spectaculaires changements économiques, sociaux et politiques. Non seulement il le faut, mais le temps est venu.    

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